mardi 3 mars 2015

Ils transforment les défunts en arbres avec une capsule funéraire

Source : Mr Mondialisation


Les 6 règles pour cuisiner dans une (très) petite cuisine

Source : Bioconsommacteurs


par Ôna Maiocco

Avant d’ouvrir mon atelier (dans lequel j’ai construit la cuisine de mes rêves !), j’ai été amenée à cuisiner dans des espaces petits, voire très petits. Mon record fut une cuisinette de moins d’1 mètre carré, autant dire un placard ! Je n’ai pas abandonné la cuisine maison pour autant, et cette expérience m’a fait comprendre qu’on peut cuisiner sans problème dans des espaces exigus à condition d’être parfaitement organisé. Je vous fais partager aujourd’hui mon expertise : 6 règles pour cuisiner dans n’importe quelle cuisine, en particulier les plus petites !

1. Point trop n’en faut
C’est la règle numéro un. Si votre espace est petit, il faudra stocker sur vos étagères et dans vos placards uniquement le strict nécessaire. La question à se poser est donc : de quoi ai-je besoin au quotidien (ou de façon hebdomadaire) ? Ce qui ne sert pas au moins une fois par semaine n’a pas sa place dans votre petite cuisine, stockez-le ailleurs ! On pourrait citer, entre autres : l’appareil à gaufres, le service en porcelaine de Mamie, les moules à cupcakes et leurs poches à douilles, l’huile de truffe, le plat à tajines…
On privilégiera les ustensiles ou ingrédients qui jouent plusieurs rôles (une casserole permet de faire bouillir de l’eau même si elle est moins rapide qu’une bouilloire électrique !), et qui prennent peu de place (la marguerite en inox dépliante en lieu et place d’un cuit vapeur électrique). Faire un point sur tout cela vous permettra d’y voir plus clair, de trouver rapidement ce que vous cherchez et de vous sentir léger (si si !). Car c’est aussi une bonne occasion d’offrir ou de vendre des choses dont vous vous servez très peu, voire jamais.

2. Des zones bien définies
Les actions que l’on fait dans une cuisine sont en nombre assez réduit : on stocke, on lave, on prépare / découpe, on cuit, on assaisonne, etc. Pour que chaque action soit efficace, il faut réunir dans l’espace les éléments qui y participent :
- Placer les ustensiles de cuisson (cuillères en bois, spatules, etc.) à portée de main, à côté des feux, dans un pot en verre, par exemple.
- Sur un petit plateau, une assiette ou une étagère à proximité de vos feux de cuisson, stockez les condiments et épices de base, celles que vous utilisez toujours : sel, poivre, huile d’olive, sauce de soja, herbes de Provence, par ex. Les autres épices et condiments peuvent être rangés ailleurs.
- Pensez à un coin petit-déjeuner, pour gagner du temps le matin : un bout d’étagère ou un petit plateau qui regroupe votre bol, votre muesli, etc. Tout ce dont vous avez besoin pour préparer rapidement ce repas important.
- Regroupez les couverts dont vous avez besoin : si vous êtes deux chez vous, ne gardez pas dans votre placard plus de 4 assiettes et 4 verres, cela occupe de l’espace pour rien.
- Sur (ou à proximité de) l’évier, le minimum. Produit vaisselle, éponges, égouttoir, torchon. Je conseille de sécher au torchon la vaisselle propre (et de la ranger directement) si vous êtes dans un espace vraiment très petit. Cela prend plus de temps, mais un égouttoir permanent prend beaucoup de place.
- Et bien entendu, il vous faut un plan de travail pour cuisiner correctement. Cet espace, même minuscule, est indispensable. Voyons ceci en détail.

3. Plan de travail obligatoire
Un plan de travail, c’est un endroit qui vous permet de cuisiner, c’est là où vous réalisez vos plats : vous y découpez des légumes et du pain, vous y préparez une salade et sa vinaigrette ou un gâteau. C’est un espace dégagé qu’il faudra toujours garder propre et libre. Dans une toute petite cuisine, le plan de travail peut se situer :
- sur le frigo ;
- au niveau de la partie égouttoir de votre évier, mais il faut poser un élément plat (planche ou autre) si elle est gondolée ;
- au-dessus du bac de l’évier si vous avez une planche prévue à cet effet ;
- sur une tablette murale éventuellement pliante (pour prendre moins de place) ;
- sur petite table (il existe des mini tables de jardin qui font à peine 50 cm sur 30 cm)
- sur deux de vos feux si vous en avez quatre. Attention, cette option est dangereuse si vous avez des plaques électriques qui peuvent être allumées par inadvertance.
Votre plan de travail doit être muni d’une planche à découper. Dans les toutes petites cuisines, cette dernière représente à elle seule le plan de travail.
Il doit également être muni d’autres éléments utiles : un pot avec des couteaux (le mieux étant d’accrocher au mur une barre aimantée pour ces derniers), une paire de ciseaux, un fouet, etc. Une fois encore, il faut penser aux actions que vous effectuez régulièrement, et ce dont vous avez besoin pour ce faire. Inutile de surcharger votre plan de travail ou votre cuisine de gadgets.

4. Les ingrédients du quotidien tu garderas sous la main
On l’a vu pour le petit-déjeuner, mais c’est la même chose pour tous les ingrédients que vous conservez dans votre cuisine. Avant, on avait un garde-manger dans lequel on piochait mais sa taille ne permettait aucun excès. Avec nos actuels réfrigérateurs, on a tendance à empiler et à oublier… source de gaspillage. Pour éviter ceci, le mieux est de ranger ensemble les ingrédients qui vont dans le même type de recette. Cela permet de se rendre vite compte de ceux qu’on utilise très peu et de les remiser ailleurs, ou de les donner. On peut alors imaginer organiser les produits de ses placards ou étagères ainsi :
- le coin « plats chauds » : avec les céréales, les légumineuses, les pâtes, le riz…
- le coin « plats vite faits » : sauces tomates, pois chiches en bocal, conserves variées…
- le coin dessert : chocolat, farine, sucre, poudre à lever, raisins secs, cannelle…
- le coin thé / goûter : paquet de thé, paquet de biscuits, fruits secs…

Vous l’aurez compris, pensez action, et pas ressemblance : rien de sert de ranger la farine avec les pâtes, même si les deux sont faites avec du blé !

Si vos étagères sont trop hautes, ménagez des demi-étagères en disposant des petites planches sur des grands bocaux en verre.

Dans le frigo, réunissez les produits à conservation courte (yaourts, etc.) à un endroit et ceux à conservation longue (confitures, cornichons, etc.) à un autre. Cela vous permet de voir rapidement où vous en êtes, afin d’optimiser les prochaines courses. Enfin, n’entassez pas les fruits et légumes dans le bac à légumes. Beaucoup peuvent rester hors du frigo (courges, tomates, poireaux, pommes, etc). Voir vos légumes dans votre cuisine vous aidera aussi à être plus créatif dans vos recettes. De même pour les herbes et épices tant qu’elles n’envahissent pas des espaces importants.

5. Ordre et propreté
Plus qu’ailleurs, l’ordre et la propreté des petites cuisines sont cruciaux. En effet, dès que des éléments ne sont pas rangés, ils monopolisent le peu d’espace disponible et inhibent les actions du quotidien. Comme des couverts sales dans un bac d’évier unique (comment se laver les mains ou rincer une salade ?), ou des ingrédients et ustensiles qui traînent sur votre plan de travail (où poser le gratin brûlant qui sort du four ?). Gardez un espace visuel le plus dégagé possible, cela agrandira votre cuisine.

6. Utilisation de la verticalité
Peu de surface au sol ? Vous en avez certainement pas mal au mur, pensez-y ! Posez de petites étagères, peu larges, mais qui vous aideront à soulager vos placards et à garder des objets ou ingrédients importants sous la main (sel, verres). Posez des crochets au mur, même assez haut : vous pourrez y suspendre des torchons et des ustensiles (louches, fouets, petites poêles).

A vous de jouer, désormais ! Vous verrez, ces conseils vous simplifieront la vie et la cuisine…


dimanche 1 mars 2015

Bataille pour les semences: une infographie pour comprendre


Source : Bioconsom'acteurs

La Confédération paysanne, membre du Collectif Semons la biodiversité (au même titre que Bio Consom'acteurs) a publié récemment une infographie qui explique de manière simple et pédagogique les enjeux autour des semences végétales. A lire ici (10,7 Mo) et à diffuser!

vendredi 16 janvier 2015

Economistes atterrés: «Il faut un choc de la demande verte»

Source : JDLE

Le collectif des Economistes atterrés a présenté, ce 16 janvier, son «Nouveau manifeste»[1] dans lequel il propose une économie alternative à l’austérité, à la précarité, au chômage et à la pauvreté. Un projet de société où l’écologie représente la seule issue possible au néolibéralisme.



[1] Ed. Les liens qui libèrent, parution le 21 janvier 2015

Plus de 20 plumes se sont rassemblées autour de cet opus vivifiant, représentant la suite logique du premier manifeste publié en novembre 2010. Après avoir tiré les conclusions de la crise provoquée par les dérives de l’industrie financière, ces nouveaux économistes, dont était proche feu Bernard Maris, récidivent en proposant des clés pour une société alternative au néolibéralisme, basée sur la démocratie, l’égalité, la réhabilitation de l’intervention publique, l’initiative des citoyens et l’écologie.
«Force est de constater que non seulement les leçons de la crise de 2008 n’ont pas été tirées, mais en plus l’Europe a poussé encore plus loin les limites de ce modèle qui a échoué en développant sa politique d’austérité, catastrophique pour le chômage et la dette publique», lance Christophe Ramaux, chercheur au Centre d’économie de la Sorbonne et enseignant à l’université Paris I.

Relancer la demande et le plein emploi
Les Economistes atterrés ont identifié plusieurs chantiers dont ils ont présenté les grandes lignes, 5 jours avant la sortie du Nouveau manifeste. L’écologie y occupe une place centrale, puisque «l’aspect social et l’aspect écologique de la crise se renforcent. Les plus pauvres, dans les pays riches et encore plus dans les pays moins développés, sont et seront les plus durement touchés par la dégradation écologique», écrivent-ils.
Conclusion: la relance de l’activité doit se faire en fonction des nouveaux objectifs environnementaux. «Il faut arrêter d’augmenter la compétitivité par de bas salaires. Cela ne fonctionne pas puisque les entreprises ne créent pas plus d’emplois», observe Benjamin Coriat, professeur d’économie à l’université Paris 13 et co-président du Collectif. «Il faut un choc de la demande verte et arrêter la politique de l’offre qui ne marche pas. Il faut au contraire favoriser le plein emploi en développant massivement les trois chantiers urgents que sont la rénovation thermique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables et des transports collectifs», poursuit Christophe Ramaux.

Une fiscalité écologique et solidaire
Comment les financer? «Par l’épargne, les banques publiques d’investissement, la mise en place d’une taxe sur les transactions financières et sur les activités nuisibles, qui favorisent la pollution ou la spéculation, par le renforcement de l’imposition des sociétés, par la lutte contre la fraude fiscale qui s’élève à 70 milliards d’euros par an», répond Philippe Légé, maître de conférences en économie à l’Université de Picardie.
Quid des produits financiers verts? Le collectif les écarte, estimant qu’ils ne parviennent pas à répondre aux défis écologiques, comme le montre l’échec du marché européen de quotas d’émissions, avec un prix de la tonne de CO2 devenu imprévisible et ridiculement bas. Au total, le coût de la transition énergétique est évalué à 350 Md€ par an, pendant 10 ans, dans l’Union européenne. «Le coût de l’inaction serait bien plus élevé», rappelle le groupe.

Une intervention publique et des initiatives citoyennes
Les économistes atterrés en sont convaincus. Accompagnée de lois d’objectifs, la fiscalité écologique doit aussi être incitative pour aider les productions non polluantes, privilégiant la durée de vie des produits plutôt que leur obsolescence programmée, ainsi que l’agriculture de proximité, biologique ou agro-écologique au détriment de l’agriculture intensive, grosse consommatrice d’énergie et d’intrants chimiques. «La politique agricole commune, qui représente un tiers du budget total de l’Union européenne doit être revue en fonction de ces nouvelles exigences», affirme le Nouveau manifeste, alors que le verdissement souhaité lors de la dernière réforme de la PAC a passablement échoué. Pour être durable, la transition énergétique doit aussi s’appuyer sur une forte intervention publique, des initiatives de collectivités locales et de citoyens.

Réduire les inégalités par l’éducation et la rénovation urbaine
Intéressante, leur initiative inscrit l’écologie au cœur d’un projet de société global, qui donne également la priorité «à la réduction des inégalités de revenus, qui ont bondi depuis les années 1990 et encore plus depuis 2008», rappelle Anne Eydoux, maître de conférences à l’université Rennes 2. L’économiste n’oublie pas les inégalités sociales, touchant les femmes ou les étrangers, estimant qu’il faut donner davantage de moyens à l’Education nationale et lancer de grandes politiques de rénovation urbaine.

Quel écho dans la société?
Le Nouveau manifeste complète son projet par la promotion des salaires élevés, des contrats à durée indéterminée, de la réduction du temps de travail… «La mise en place des 35 heures a permis de créer en France de 300.000 à 500.000 emplois», rappelle le nouvel opus. Et pour ne pas perdre le fil de la reconquête de ce bien-être social et environnemental, un nouvel indicateur doit compenser les manques du PIB, en intégrant la production non marchande des administrations et le respect des équilibres sociaux et écologiques. Seront-ils entendus? Au regard du succès inattendu de leur premier manifeste, vendu à près de 100.000 exemplaires, de bonnes surprises sont possibles. «Nous ne sommes ni conseillers du prince ni un groupe de lobbying mais une simple association citoyenne», répond le collectif, qui se refuse à tout pronostic. 

jeudi 1 janvier 2015

Lâchez-nous avec la valeur travail !

Source : La Tribune


 -  1063  mots
Lettre ouverte aux élus, dirigeants, syndicats, philosophes, économistes et tous les autres. Par Diana Filippova, Connector OuiShare.
Voici venu le temps des contradictions. Entre les discours sur le travail que vous - élus, dirigeants, syndicats, prétendants au pouvoir - proférez et les preuves objectives, un gouffre s'est creusé. Les tâches les plus variées nous échappent chaque jour au profit des machines, et pourtant vous érigez encore l'emploi en garant de tous nos droits - santé, vieillesse, citoyenneté - et de notre bonheur.
Vous affirmez que le travail est la voie de conquête de notre liberté et de notre indépendance. Nous constatons que les conditions du travail s'améliorent uniquement pour une mince couche de super héros.
Vous expliquez que notre graal est le CDI garanti à vie, adossé à un salaire décent et à un prêt immobilier. Nous cherchons en vain autour de nous les quelques survivants de ce paradis perdu du siècle dernier.
Vous dites que le travail est la clef de notre épanouissement et du vivre-ensemble. Nous ne parvenons pas à trouver le moindre signe de bonheur dans l'enchaînement des tâches répétitives, la pression hiérarchique et l'insécurité psychologique latente.
Vous dégainez la méritocratie et le niveau de diplôme pour justifier des inégalités sur le marché du travail. Nous nous efforçons à trouver une corrélation dans nos vies et celles des autres : sans succès.
Laissez-moi vous le dire crûment : vous ressemblez de plus en plus à des professeurs de morale, qui espèrent cacher la vacuité de leur pensée par l'invocation quotidienne des grands principes de l'humanisme. Aux citoyens, aux employés, au peuple, vous n'avez d'autre vision à offrir que ce plus petit dénominateur que vous avez en commun : la valeur travail.

Une valeur morale au travail ?

Nous ne sommes ni n'avons jamais été dupes de votre rhétorique supposément éthique. Si le peuple a jamais attribué une quelconque valeur morale au travail, c'est qu'il en tirait un profit pécuniaire et des avantages bien réels.
Durant les deux siècles derniers, l'entreprise individuelle et l'emploi salarié ont été deux modalités plutôt efficaces pour franchir quelques barreaux de l'échelle sociale. Nous étions bien conscients, au fond, qu'en signant ce CDI, nous renoncions à une grande partie des fruits de notre travail, mais la promesse des protections sociales diverses et variées suffisait à dissiper nos quelques doutes.
Les femmes avaient beau se plaindre que leur travail domestique en était un et qu'il n'était toujours pas reconnu comme tel malgré sa pénibilité, la grande majorité d'entre nous en avait plutôt pour son compte et ne l'ouvrait pas trop.
L'assimilation que vous faisiez entre travail, effort et emploi salarié nous semblait bien trop rapide, certes, mais tant qu'il y avait un salaire et des perspectives de devenir soi-même boss, on n'ergotait pas trop sur vos erreurs conceptuelles.

Travailler à tout prix

Aujourd'hui, votre discours a perdu le ton enjoué du siècle dernier et s'est teinté d'intonations culpabilisantes, moralisatrices, prescriptrices. Il faut travailler à tout prix, dites-vous, car l'effort mène au salut psychologique et social tandis que l'inactivité condamne notre société à l'assistanat permanent. Vous avez d'ailleurs pris soin de créer une distinction claire entre le bon élève - celui qui travaille même lorsque sa qualification n'a rien à voir avec le poste - et l'outsider-marginal qui doit pointer à Pôle Emploi tous les mois pour percevoir son maigre pécule.
Votre voix devient rauque lorsque vous nous rappelez publiquement que nous devons purger notre dette à l'égard de la société et de l'État - dette originelle dont nous avons hérité dès notre naissance. Vous vous indignez devant les courbes qui ne fléchissent pas et signez des pactes de responsabilité qui vous fournissent une poignée d'éléments de langage exploitables pendant quelques mois. Au fond, vous vous réjouissez de savoir que faire travailler les autres coûte de moins en moins cher tandis que ces autres produisent de plus en plus.
Votre jeu est vieux comme le monde et il est si simple d'y voir clair : la moralisation du travail est - et a toujours été - le meilleur instrument de contrôle physique, psychologique et social des hommes. Vous vantez l'effort dans la tradition judéo-chrétienne : l'effort soigne la paresse, détourne des tentations et enseigne l'humilité. L'érection du plein emploi en objectif millénaire vous permet de rationaliser le déséquilibre des rapports de force entre employeur et employé, tout en fournissant un formalisme juridique à l'aliénation des moyens de production.

L'emploi à repenser

L'étendue du champ couvert par le concept « travail » est ainsi réduite à son expression la plus simpliste : l'emploi comptabilisé par les statistiques nationales. Tout le reste - de la pratique des artistes aux corvées domestiques - n'en fait pas partie puisqu'il ne rentre pas dans l'une des cases prévues par l'INSEE, Pôle Emploi ou le Bureau International du Travail.
Arrêtez votre cinéma, car nous ne croyons plus à vos discours et vous dénions toute autorité morale. Nous avons la mémoire suffisamment longue pour nous méfier de toute prescription sociale qui érige le travail - arbeit, rabota ("travail" en allemand et en russe) - en norme morale universelle. L'emploi salarié s'en est allé et nous avons tout le loisir de repenser par nous-mêmes ce que le travail signifie réellement pour nous, et comment il s'insère dans les modèles de société que nous souhaitons bâtir.
Peut-être avons-nous un seul conseil à vous donner : laissez donc tomber la morale et préoccupez-vous plutôt de l'économie. À force de lui donner tour à tour les rôles les plus variés - du déterminant culturel à l'instrument de cohésion sociale - vous avez oublié son rôle premier de facteur de production.
Or, la valeur purement économique du travail n'a jamais autant stagné, ravivant des inégalités que les sociétés occidentales n'ont pas connues depuis le début du siècle dernier. Aujourd'hui, nous avons besoin de vous pour définir un système satisfaisant de valorisation de notre production. Car si le travail n'est pas notre seul salut, il est encore notre principal gagne-pain.



Son TEDx pour compléter, il est pas mal aussi...

Un extrait d’À nos amis

Source : paris-luttes.info

« Se conduire en politique, résumait juste avant de mourir un dandy stalinien, c’est agir au lieu d’être agi, c’est faire la politique au lieu d’être fait, refait par elle. C’est mener un combat, une série de combats, faire une guerre, sa propre guerre avec des buts de guerre, des perspectives proches et lointaines, une stratégie, une tactique. »







Un extrait d’À nos amis

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Le "Comité invisible" réapparaît cet automne. Disponible en librairie ou hors commerce, leur livre "A nos amis" sera peut-être l’occasion de relancer ou de prolonger un certain nombre de débats. Sur la question du retour de l’ordre, de la technologie, mais aussi, un bilan - forcément polémique - des sept dernières années écoulées depuis l’"Insurrection qui vient". En attendant, en voici un extrait tiré du chapitre « Disparaissons », qui revient sur l’épisode insurrectionnel grec et sur « le couple infernal du pacifisme et du radicalisme ».
1. Quiconque a vécu les jours de décembre 2008 à Athènes sait ce que signifie, dans une métropole occidentale, le mot « insurrection ». Les banques étaient en pièces, les commissariats assiégés, la ville aux assaillants. Dans les commerces de luxe, on avait renoncé à faire réparer les vitrines : il aurait fallu le faire chaque matin. Rien de ce qui incarnait le règne policier de la normalité ne sortit indemne de cette onde de feu et de pierre dont les porteurs étaient partout et les représentants nulle part – on incendia jusqu’à l’arbre de Noël de Syntagma.
À un certain point, les forces de l’ordre se retirèrent : elles étaient à court de grenades lacrymogènes. Impossible de dire qui, alors, prit la rue. On dit que c’était la « génération 600 euros », les « lycéens », les « anarchistes », la « racaille » issue de l’immigration albanaise, on dit tout et n’importe quoi. La presse incriminait, comme toujours, les « koukoulophoroi », les « encagoulés ».
Les anarchistes, en vérité, étaient dépassés par cette vague de rage sans visage. Le monopole de l’action sauvage et masquée, du tag inspiré et même du cocktail Molotov leur avait été ravi sans façon. Le soulèvement général dont ils n’osaient plus rêver était là, mais il ne ressemblait pas à l’idée qu’ils s’en étaient faite. Une entité inconnue, un égrégore était né, et qui ne s’apaisa que lorsque fut réduit en cendres tout ce qui devait l’être. Le temps brûlait, on fracturait le présent pour prix de tout le futur qui nous avait été ravi.
Les années qui suivirent en Grèce nous enseignèrent ce que signifie, dans un pays occidental, le mot « contre-insurrection ». La vague passée, les centaines de bandes qui s’étaient formées jusque dans les moindres villages du pays tentèrent de rester fidèles à la percée que le mois de décembre avait ouverte. Ici, on dévalisait les caisses d’un supermarché et l’on se filmait en train d’en brûler le butin. Là, on attaquait une ambassade en plein jour en solidarité avec tel ou tel ami tracassé par la police de son pays. Certains résolurent, comme dans l’Italie des années 1970, de porter l’attaque à un niveau supérieur et ciblèrent, à la bombe ou à l’arme à feu, la Bourse d’Athènes, des flics, des ministères ou encore le siège de Microsoft. Comme dans les années 1970, la gauche promulgua de nouvelles lois « antiterroristes ». Les raids, les arrestations, les procès se multiplièrent. On en fut réduit, un temps, à lutter contre « la répression ».
L’Union européenne, la Banque mondiale, le FMI, en accord avec le gouvernement socialiste, entreprirent de faire payer la Grèce pour cette révolte impardonnable. Il ne faut jamais sous-estimer le ressentiment des riches envers l’insolence des pauvres. On décida de mettre au pas le pays entier par un train de mesures « économiques » d’une violence à peu près égale, quoique étalée dans le temps, à celle de la révolte.
À cela répondirent des dizaines de grèves générales à l’appel des syndicats. Les travailleurs occupèrent des ministères, les habitants prirent possession de mairies, des départements d’universités et des hôpitaux « sacrifiés » décidèrent de s’auto-organiser. Et il y eut le « mouvement des places ». Le 5 mai 2010, nous étions 500 000 à arpenter le centre d’Athènes. On tenta plusieurs fois de brûler le Parlement. Le 12 février 2012, une énième grève générale vient s’opposer désespérément à l’énième plan de rigueur. Ce dimanche, c’est toute la Grèce, ses retraités, ses anarchistes, ses fonctionnaires, ses ouvriers et ses clochards, qui bat le pavé, en état de quasi-soulèvement.
Alors que le centre-ville d’Athènes est à nouveau en flammes, c’est, ce soir-là, un paroxysme de jubilation et de lassitude : le mouvement perçoit toute sa puissance, mais réalise aussi qu’il ne sait pas à quoi l’employer. Au fil des ans, malgré des milliers d’actions directes, des centaines d’occupations, des millions de Grecs dans la rue, l’ivresse de la révolte s’est éteinte dans l’assommoir de la « crise ». Les braises continuent évidemment de couver sous la cendre ; le mouvement a trouvé d’autres formes, s’est doté de coopératives, de centres sociaux, de « réseaux d’échange sans intermédiaires » et même d’usines et de centres de soin autogérés ; il est devenu, en un sens, plus « constructif ». Il n’empêche que nous avons été défaits, que l’une des plus vastes offensives de notre parti au cours des dernières décennies a été repoussée, à coups de dettes, de peines de prison démesurées et de faillite généralisée.
Ce ne sont pas les friperies gratuites qui feront oublier aux Grecs la détermination de la contre-insurrection à les plonger jusqu’au cou dans le besoin. Le pouvoir a pu chanceler et donner le sentiment, un instant, de s’être volatilisé ; il a su déplacer le terrain de l’affrontement et prendre le mouvement à contre-pied. On mit les Grecs devant ce chantage « le gouvernement ou le chaos » ; ils eurent le gouvernement et le chaos. Et la misère en prime.
Avec son mouvement anarchiste plus fort que partout ailleurs, avec son peuple largement rétif au fait même d’être gouverné, avec son État toujours-déjà failli, la Grèce vaut comme cas d’école de nos insurrections défaites. Cartonner la police, défoncer les banques et mettre temporairement en déroute un gouvernement, ce n’est pas encore le destituer. Ce que le cas grec nous enseigne, c’est que sans idée substantielle de ce que serait une victoire, nous ne pouvons qu’être vaincus. La seule détermination insurrectionnelle ne suffit pas ; notre confusion est encore trop épaisse. Que l’étude de nos défaites nous serve au moins à la dissiper quelque peu.
2. Quarante ans de contre-révolution triomphante en Occident nous ont affligés de deux tares jumelles, également néfastes, mais qui forment ensemble un dispositif impitoyable : le pacifisme et le radicalisme. Le pacifisme ment et se ment en faisant de la discussion publique et de l’assemblée le modèle achevé du politique. C’est en vertu de cela qu’un mouvement comme celui des places s’est trouvé incapable de devenir autre chose qu’un indépassable point de départ.
Pour saisir ce qu’il en est du politique, il n’y a pas d’autre choix que de faire un nouveau détour par la Grèce, mais l’antique cette fois. Après tout, le politique, c’est elle qui l’a inventé. Le pacifiste répugne à s’en souvenir, mais les Grecs anciens ont d’emblée inventé le politique comme continuation de la guerre par d’autres moyens.
La pratique de l’assemblée à l’échelle de la cité provient directement de la pratique de l’assemblée de guerriers. L’égalité dans la parole découle de l’égalité devant la mort. La démocratie athénienne est une démocratie hoplitique. On y est citoyen parce que l’on y est soldat ; d’où l’exclusion des femmes et des esclaves. Dans une culture aussi violemment agonistique que la culture grecque classique, le débat se comprend lui-même comme un moment de l’affrontement guerrier, entre citoyens cette fois, dans la sphère de la parole, avec les armes de la persuasion. « Agon », d’ailleurs, signifie autant « assemblée » que « concours ». Le citoyen grec accompli, c’est celui qui est victorieux par les armes comme par les discours.
Surtout, les Grecs anciens ont conçu dans le même geste la démocratie d’assemblée et la guerre comme carnage organisé, et l’une comme garante de l’autre. On ne leur fait d’ailleurs crédit de l’invention de la première qu’à condition d’occulter son lien avec l’invention de ce type assez exceptionnel de massacre que fut la guerre de phalange – cette forme de guerre en ligne qui substitue à l’habileté, à la bravoure, à la prouesse, à la force singulière, à tout génie, la discipline pure et simple, la soumission absolue de chacun au tout. Lorsque les Perses se trouvèrent face à cette façon si efficace de mener la guerre, mais qui réduit à rien la vie du fantassin, ils la jugèrent à bon droit parfaitement barbare, comme par la suite tant de ces ennemis que les armées occidentales devaient écraser. Le paysan athénien en train de se faire héroïquement trucider devant ses proches au premier rang de la phalange est ainsi l’autre face du citoyen actif prenant part à la Boulè. Les bras inanimés des cadavres jonchant le champ de bataille antique sont la condition stricte des bras qui se lèvent pour intervenir dans les délibérations de l’assemblée.
Ce modèle grec de la guerre est si puissamment ancré dans l’imaginaire occidental que l’on en oublierait presque qu’au moment même où les hoplites accordaient le triomphe à celle des deux phalanges qui, dans le choc décisif, consentirait au maximum de morts plutôt que de céder, les Chinois inventaient un art de la guerre qui consistait justement à s’épargner les pertes, à fuir autant que possible l’affrontement, à tenter de « gagner la bataille avant la bataille » – quitte à exterminer l’armée vaincue une fois la victoire obtenue. L’équation « guerre = affrontement armé = carnage » court de la Grèce antique jusqu’au xxe siècle : c’est au fond l’aberrante définition occidentale de la guerre depuis deux mille cinq cents ans. Que l’on nomme « guerre irrégulière », « guerre psychologique », « petite guerre » ou « guérilla », ce qui est ailleurs la norme de la guerre, n’est qu’un aspect de cette aberration-là.
Le pacifiste sincère, celui qui n’est pas tout simplement en train de rationaliser sa propre lâcheté, commet l’exploit de se tromper deux fois sur la nature du phénomène qu’il prétend combattre. Non seulement la guerre n’est pas réductible à l’affrontement armé ni au carnage, mais celle-ci est la matrice même de la politique d’assemblée qu’il prône. « Un véritable guerrier, disait Sun Tzu, n’est pas belliqueux ; un véritable lutteur n’est pas violent ; un vainqueur évite le combat. » Deux conflits mondiaux et une terrifiante lutte planétaire contre le « terrorisme » nous ont appris que c’est au nom de la paix que l’on mène les plus sanglantes campagnes d’extermination.
La mise au ban de la guerre n’exprime au fond qu’un refus infantile ou sénile d’admettre l’existence de l’altérité. La guerre n’est pas le carnage, mais la logique qui préside au contact de puissances hétérogènes. Elle se livre partout, sous des formes innombrables, et le plus souvent par des moyens pacifiques. S’il y a une multiplicité de mondes, s’il y a une irréductible pluralité de formes de vie, alors la guerre est la loi de leur co-existence sur cette terre. Car rien ne permet de présager de l’issue de leur rencontre : les contraires ne demeurent pas dans des mondes séparés. Si nous ne sommes pas des individus unifiés dotés d’une identité définitive comme le voudrait la police sociale des rôles, mais le siège d’un jeu conflictuel de forces dont les configurations successives ne dessinent guère que des équilibres provisoires, il faut aller jusqu’à reconnaître que la guerre est en nous – la guerre sainte, disait René Daumal. La paix n’est pas plus possible que désirable. Le conflit est l’étoffe même de ce qui est. Reste à acquérir un art de le mener, qui est un art de vivre à même les situations, et suppose finesse et mobilité existentielle plutôt que volonté d’écraser ce qui n’est pas nous.
Le pacifisme témoigne donc ou bien d’une profonde bêtise ou bien d’une complète mauvaise foi. Il n’y a pas jusqu’à notre système immunitaire qui ne repose sur la distinction entre ami et ennemi, sans quoi nous crèverions de cancer ou de toute autre maladie auto-immune. D’ailleurs, nous crevons de cancers et de maladies auto-immunes. Le refus tactique de l’affrontement n’est lui-même qu’une ruse de guerre. On comprend très bien, par exemple, pourquoi la Commune de Oaxaca s’est immédiatement autoproclamée pacifique. Il ne s’agissait pas de réfuter la guerre, mais de refuser d’être défait dans une confrontation militaire avec l’État mexicain et ses hommes de main. Comme l’expliquaient des camarades du Caire : « On ne doit pas confondre la tactique que nous employons lorsque nous chantons “nonviolence” avec une fétichisation de la non-violence. » Ce qu’il faut, au reste, de falsification historique pour trouver des ancêtres présentables au pacifisme !
Ainsi de ce pauvre Thoreau dont on a fait, à peine décédé, un théoricien de La Désobéissance civile, en amputant le titre de son texte La désobéissance au gouvernement civil. N’avait-il pourtant pas écrit en toutes lettres dans son Plaidoyer en faveur du capitaine John Brown : « Je pense que pour une fois les fusils Sharp et les revolvers ont été employés pour une noble cause. Les outils étaient entre les mains de qui savait s’en servir. La même colère qui a chassé, jadis, les indésirables du temple fera son office une seconde fois. La question n’est pas de savoir quelle sera l’arme, mais dans quel esprit elle sera utilisée. » Mais le plus hilarant, en matière de généalogie fallacieuse, c’est certainement d’avoir fait de Nelson Mandela, le fondateur de l’organisation de lutte armée de l’ANC, une icône mondiale de la paix.
Il raconte lui-même : « J’ai dit que le temps de la résistance passive était terminé, que la nonviolence était une stratégie vaine et qu’elle ne renverserait jamais une minorité blanche prête à maintenir son pouvoir à n’importe quel prix. J’ai dit que la violence était la seule arme qui détruirait l’apartheid et que nous devions être prêts, dans un avenir proche, à l’employer. La foule était transportée ; les jeunes en particulier applaudissaient et criaient. Ils étaient prêts à agir comme je venais de le dire. À ce moment-là, j’ai entonné un chant de liberté dont les paroles disaient : “Voici nos ennemis, prenons les armes, attaquons-les.” Je chantais et la foule s’est jointe à moi et, à la fin, j’ai montré la police et j’ai dit : “Regardez, les voici, nos ennemis !” »
Des décennies de pacification des masses et de massification des peurs ont fait du pacifisme la conscience politique spontanée du citoyen. C’est à chaque mouvement qu’il faut désormais se colleter avec cet état de fait désolant. Des pacifistes livrant des émeutiers vêtus de noir à la police, cela s’est vu Plaça de Catalunya en 2011, comme on en vit lyncher des « Black Bloc » à Gênes en 2001. En réponse à cela, les milieux révolutionnaires ont sécrété, en guise d’anticorps, la figure du radical – celui qui en toutes choses prend le contrepied du citoyen. À la proscription morale de la violence chez l’un répond chez l’autre son apologie purement idéologique. Là où le pacifiste cherche à s’absoudre du cours du monde et à rester bon en ne commettant rien de mal, le radical s’absout de toute participation à « l’existant » par de menus illégalismes agrémentés de « prises de position » intransigeantes. Tous deux aspirent à la pureté, l’un par l’action violente, l’autre en s’en abstenant. Chacun est le cauchemar de l’autre. Il n’est pas sûr que ces deux figures subsisteraient longtemps si chacune n’avait l’autre en son fond. Comme si le radical ne vivait que pour faire frissonner le pacifiste en lui-même, et vice versa. Il n’est pas fortuit que la Bible des luttes citoyennes américaines depuis les années 1970 s’intitule : Rules for Radicals, de Saul Alinski.
C’est que pacifistes et radicaux sont unis dans un même refus du monde. Ils jouissent de leur extériorité à toute situation. Ils planent, et en tirent le sentiment d’on ne sait quelle excellence. Ils préfèrent vivre en extraterrestres – tel est le confort qu’autorise, pour quelque temps encore, la vie des métropoles, leur biotope privilégié. Depuis la déroute des années 1970, la question morale de la radicalité s’est insensiblement substituée à la question stratégique de la révolution.
C’est-à-dire que la révolution a subi le sort de toutes choses dans ces décennies : elle a été privatisée. Elle est devenue une occasion de valorisation personnelle, dont la radicalité est le critère d’évaluation. Les gestes « révolutionnaires » ne sont plus appréciés à partir de la situation où ils s’inscrivent, des possibles qu’ils y ouvrent ou qu’ils y referment. On extrait plutôt de chacun d’eux une forme. Tel sabotage survenu à tel moment, de telle manière, pour telle raison, devient simplement un sabotage. Et le sabotage en tant que pratique estampillée révolutionnaire vient sagement s’inscrire à sa place dans une échelle où le jet de cocktail Molotov se situe au-dessus du lancer de pierre, mais en dessous de la jambisation qui elle-même ne vaut pas la bombe. Le drame, c’est qu’aucune forme d’action n’est en soi révolutionnaire : le sabotage a aussi bien été pratiqué par des réformistes que par des nazis. Le degré de « violence » d’un mouvement n’indique en rien sa détermination révolutionnaire.
On ne mesure pas la « radicalité » d’une manifestation au nombre de vitrines brisées. Ou plutôt si, mais alors il faut laisser le critère de « radicalité » à ceux dont le souci est de mesurer les phénomènes politiques, et de les ramener sur leur échelle morale squelettique.
Quiconque se met à fréquenter les milieux radicaux s’étonne d’abord du hiatus qui règne entre leurs discours et leurs pratiques, entre leurs ambitions et leur isolement. Ils semblent comme voués à une sorte d’auto-sabordage permanent. On ne tarde pas à comprendre qu’ils ne sont pas occupés à construire une réelle force révolutionnaire, mais à entretenir une course à la radicalité qui se suffit à elle-même – et qui se livre indifféremment sur le terrain de l’action directe, du féminisme ou de l’écologie.
La petite terreur qui y règne et qui y rend tout le monde si raide n’est pas celle du parti bolchevique. C’est plutôt celle de la mode, cette terreur que nul n’exerce en personne, mais qui s’applique à tous. On craint, dans ces milieux, de ne plus être radical, comme on redoute ailleurs de ne plus être tendance, cool ou branché. Il suffit de peu pour souiller une réputation. On évite d’aller à la racine des choses au profit d’une consommation superficielle de théories, de manifs et de relations. La compétition féroce entre groupes comme en leur propre sein détermine leur implosion périodique. Il y a toujours de la chair fraîche, jeune et abusée pour compenser le départ des épuisés, des abîmés, des dégoûtés, des vidés. Un vertige prend a posteriori celui qui a déserté ces cercles : comment peut-on se soumettre à une pression si mutilante pour des enjeux si énigmatiques ? C’est à peu près le genre de vertige qui doit saisir n’importe quel ex-cadre surmené devenu boulanger lorsqu’il se remémore sa vie d’avant.
L’isolement de ces milieux est structurel : entre eux et le monde, ils ont interposé la radicalité comme critère ; ils ne perçoivent plus les phénomènes, juste leur mesure. À un certain point d’autophagie, on y rivalisera de radicalité dans la critique du milieu lui-même ; ce qui n’entamera en rien sa structure. « Il nous semble que ce qui vraiment enlève la liberté, écrivait Malatesta, et rend impossible l’initiative, c’est l’isolement qui rend impuissant. » Après cela, qu’une fraction des anarchistes s’autoproclame « nihiliste » n’est que logique : le nihilisme, c’est l’impuissance à croire à ce à quoi l’on croit pourtant – ici, à la révolution. D’ailleurs, il n’y a pas de nihilistes, il n’y a que des impuissants.
Le radical se définissant comme producteur d’actions et de discours radicaux, il a fini par se forger une idée purement quantitative de la révolution – comme une sorte de crise de surproduction d’actes de révolte individuelle. « Ne perdons pas de vue, écrivait déjà Émile Henry, que la révolution ne sera que la résultante de toutes ces révoltes particulières. » L’Histoire est là pour démentir cette thèse : que ce soit la révolution française, russe ou tunisienne, à chaque fois, la révolution est la résultante du choc entre un acte particulier – la prise d’une prison, une défaite militaire, le suicide d’un vendeur de fruits ambulant – et la situation générale, et non la somme arithmétique d’actes de révolte séparés. En attendant, cette définition absurde de la révolution fait ses dégâts prévisibles : on s’épuise dans un activisme qui n’embraye sur rien, on se livre à un culte tuant de la performance où il s’agit d’actualiser à tout moment, ici et maintenant, son identité radicale – en manif, en amour ou en discours. Cela dure un temps – le temps du burn out, de la dépression ou de la répression. Et l’on n’a rien changé.
Si une accumulation de gestes ne suffit pas à faire une stratégie, c’est qu’il n’y a pas de geste dans l’absolu. Un geste est révolutionnaire, non par son contenu propre, mais par l’enchaînement des effets qu’il engendre. C’est la situation qui détermine le sens de l’acte, non l’intention des auteurs. Sun Tzu disait qu’« il faut demander la victoire à la situation ». Toute situation est composite, traversée de lignes de forces, de tensions, de conflits explicites ou latents. Assumer la guerre qui est là, agir stratégiquement suppose de partir d’une ouverture à la situation, de la comprendre en intériorité, de saisir les rapports de force qui la configurent, les polarités qui la travaillent. C’est par le sens qu’elle prend au contact du monde qu’une action est révolutionnaire, ou pas. Jeter une pierre n’est jamais simplement « jeter une pierre ». Cela peut geler une situation, ou déclencher une intifada.
L’idée que l’on pourrait « radicaliser » une lutte en y important tout le bataclan des pratiques et des discours réputés radicaux dessine une politique d’extraterrestre. Un mouvement ne vit que par la série de déplacements qu’il opère au fil du temps. Il est donc, à tout moment, un certain écart entre son état et son potentiel. S’il cesse de se déplacer, s’il laisse son potentiel irréalisé, il se meurt. Le geste décisif est celui qui se trouve un cran en avant de l’état du mouvement, et qui, rompant ainsi avec le statu quo, lui ouvre l’accès à son propre potentiel. Ce geste, ce peut être celui d’occuper, de casser, de frapper ou simplement de parler vrai ; c’est l’état du mouvement qui en décide. Est révolutionnaire ce qui cause effectivement des révolutions. Si cela ne se laisse déterminer qu’après coup, une certaine sensibilité à la situation nourrie de connaissances historiques aide beaucoup à en avoir l’intuition.
Laissons donc le souci de la radicalité aux dépressifs, aux narcissiques et aux ratés. La véritable question pour les révolutionnaires est de faire croître les puissances vivantes auxquelles ils participent, de ménager les devenirs-révolutionnaires afin de parvenir enfin à une situation révolutionnaire. Tous ceux qui se gargarisent d’opposer dogmatiquement les « radicaux » aux « citoyens », les « révoltés en acte » à la population passive, font barrage à de tels devenirs. Sur ce point, ils anticipent le travail de la police. Dans cette époque, il faut considérer le tact comme la vertu révolutionnaire cardinale, et non la radicalité abstraite ; et par « tact » nous entendons ici l’art de ménager les devenirs-révolutionnaires.
Il faut compter au nombre des miracles de la lutte dans le Val de Suse qu’elle ait réussi à arracher bon nombre de radicaux à l’identité qu’ils s’étaient si péniblement forgée. Elle les a fait revenir sur terre. Reprenant contact avec une situation réelle, ils ont su laisser derrière eux une bonne part de leur scaphandre idéologique, non sans s’attirer l’inépuisable ressentiment de ceux qui restaient confinés dans cette radicalité intersidérale où l’on respire si mal. Cela tient certainement à l’art spécial que cette lutte a développé de ne jamais se laisser prendre dans l’image que le pouvoir lui tend pour mieux l’y enfermer – que ce soit celle d’un mouvement écologiste de citoyens légalistes ou celle d’une avant-garde de la violence armée.
En alternant les manifestations en famille et les attaques au chantier du TAV, en ayant recours tantôt au sabotage tantôt aux maires de la vallée, en associant des anarchistes et des mémés catholiques, voilà une lutte qui a au moins ceci de révolutionnaire qu’elle a su jusqu’ici désactiver le couple infernal du pacifisme et du radicalisme. « Se conduire en politique, résumait juste avant de mourir un dandy stalinien, c’est agir au lieu d’être agi, c’est faire la politique au lieu d’être fait, refait par elle. C’est mener un combat, une série de combats, faire une guerre, sa propre guerre avec des buts de guerre, des perspectives proches et lointaines, une stratégie, une tactique. »

Se servir des outils

Ca rejoint le débat sur la technique aliénante ou conviviale.
http://fr.ekopedia.org/Outil_convivial
Et le livre de Benasayag / Del Rey
http://1libertaire.free.fr/MalgreTout55.html

Source : Philosophie magazine






samedi 27 décembre 2014

Adultisme

Source : Colibris

L’Adultisme


Ce poison invisible qui intoxique les relations parents-enfants.En tant que parents ou futurs parents, nous nous engageons à comprendre les besoins physiologiques et émotionnels de nos enfants. Nous cherchons des informations à propos de l’allaitement et de son incidence sur leur santé, nous choisissons au mieux leur alimentation et les jouets que nous leur proposons, nous tentons de leur offrir des expériences propices à leur bon épanouissement. En nous questionnant sur notre propre enfance nous imaginons quels parents nous pourrions être : différents des nôtres ou conformes à leur modèle ? Vous vous êtes peut-être interrogés, comme moi, sur la manière d’élever un garçon dans ce monde afin qu’il ne devienne pas sexiste. De même, comme nous sommes une famille métisse, j’ai aussi songé à la façon dont je pouvais l’aider à comprendre qui il est dans ce brassage multiculturel.
Nous pouvons aussi opter pour une démarche écologique et nous vivre un quotidien respectueux de l’environnement, pour le bien-être de nos enfants et des générations futures. Ceci est affaire de choix délibérés.
Pourtant, le plus souvent, les parents ne cherchent guère à comprendre l’impact de l’environnement social et culturel qui contribue à former un point de vue sur les enfants, sur l’enfance et sur le rôle des parents.
Le courant de pensée dominant sur l’éducation est basé sur le contrôle et la domination. Les écoles, les lieux culturels, religieux et même l’autorité parentale sont utilisés pour légitimer une négation des droits élémentaires des enfants à être traités avec respect et confiance.
Cette conception du rôle des parents et de la place des enfants dans notre culture a pour origine l’adultisme, une tare qui intoxique les relations parents-enfants.

Qu’est-ce que l’adultisme ?

Le professeur Barry Checkoway de l’Université de Ann Arbor dans le Michigan voit dans l’adultisme « Tous les comportements et les attitudes qui partent du postulat que les adultes sont meilleurs que les jeunes, et qu’ils sont autorisés à se comporter avec eux de n’importe quelle manière, sans leur demander leur avis. »
Pour lui, hormis les prisonniers et quelques autres groupes sous la coupe de diverses institutions, la vie des jeunes en société est sans doute la plus contrôlée. Parce qu’ils considèrent parfois que leur comportement est bénéfique, certains adultes se réservent le droit d’abuser de leur autorité sur les jeunes.
Lorsqu’un groupe d’adultes est traité de la sorte, on appelle cela de l’oppression. Si nous n’envisageons pas l’adultisme ainsi c’est parce que les générations précédentes ont été éduquées de cette façon et que nous avons intériorisé cette attitude.
Le fondement de l’adultisme repose sur une mésestime des jeunes et sur la confusion entre éducation et oppression.
Pour s’émanciper de cette situation sclérosée, les jeunes vont avoir besoin de la participation active des adultes. La prise de conscience de notre propre tendance à l’adultisme constitue une première étape pour évoluer.
Les médias portent leur part de responsabilité : Tout au long de notre vie, nous sommes bombardés d’informations sur l’histoire, les coutumes et les traditions, avec souvent un manque de recul favorisant la diffusion des discriminations, des stéréotypes et des préjugés sur certains groupes d’individus, parmi lesquels les enfants, dont le manque de maturité a trop souvent tendance à être considéré comme une déficience.
J’ai travaillé plus de vingt ans dans l’enseignement supérieur sur la question de l’égalité des chances dans la société. Il m’a pourtant fallu cinq ans, après être devenue parent, pour réaliser que l’oppression que je combattais à l’extérieur de chez moi était fermement établie dans ma propre maison, dans les relations que j’entretenais avec mon premier enfant. J’ai d’abord cru – parce que j’avais des valeurs et convictions peu courantes (comme privilégier la naissance naturelle, pratiquer l’allaitement prolongé, le co-dodo, et ne pas utiliser de châtiments corporels) – qu’user d’autorité sur mes enfants était acceptable dans la mesure où j’avais rejeté les valeurs éducatives dominantes. Et je me suis fourvoyée : j’ai réalisé que l’usage de mon pouvoir et de mon contrôle sur eux semait les graines de l’oppression et de la domination qui allaient se propager à travers eux une fois adulte.
Lorsque j’ai commencé à travailler à l’université pour aider les étudiants à comprendre comment le racisme, le sexisme, l’homophobie ou le rejet des handicapés fonctionnaient dans notre société, ils avaient déjà expérimenté 20 ans de domination et de contrôle et ils considéraient ce principe comme une norme. C’est à cette époque que j’ai fait le lien entre l’adultisme et les autres formes d’oppression.

Même si nous combattons le racisme, même si nous luttons pour un monde pacifiste, plus respectueux de l’environnement, si nous abusons de notre pouvoir sur nos enfants, alors nous perpétuons une forme d’oppression. Il serait nécessaire de rééquilibrer cette tutelle nécessaire en attribuant à l’enfant une plus grande part de libre-arbitre.
Un changement social de grande envergure passe par le rejet de l’adultisme et par une remise en cause de notre propre autorité, pas uniquement celle des grandes institutions parfois corrompues.

Chaque jour il est nécessaire d’interroger nos plus intimes convictions, de les soumettre au doute, de ne pas laisser s’établir le moindre abus. Cette évolution passe par une modification de notre comportement envers nos enfants afin de permettre à une nouvelle génération de voir le jour, une génération plus confiante.
Toute relation devrait être guidée par l’écoute, le respect et l’équilibre.

1. Barry Checkoway, Adults as Allies, W.J. Kellogg Foundation,
 
(July 5, 2010) 13.
Par Teresa Graham-Brett, traduction Béatrice Mera

samedi 13 décembre 2014

Projets Nuisibles Imposés PARTOUT !

Source : FNE
http://www.fne.asso.fr/fr/nos-actions/sivens/dautres-sivens/la-carte-des-projets-nuisibles.html 



+ Un mail de Christophe Mounier



Ce DIMANCHE / Journée internationale des GPII (Grands Projets Inutiles Imposés)

Il y a actuellement,  rien qu'en France,  "une explosion" de (grands) projets contestés !  Alors, c'est quoi ? 

  • Des ELUS/DECIDEURS  PORTES PAR LA FOLIE DES GRANDEURS ???  
  • ou des CITOYENS QUI MAINTENANT S'OPPOSENT de plus en plus à TOUT ??  
  • ou peut-être bien encore ceux-ci sont de plus en plus éclairés "sur ce qu'on veut leur faire avaler"  ???

1- NOTRE-DAME-des-LANDES (Loire-Atlantique). 

Un projet d'aéroport ("idée" datant de 1963 !!! ) sur une emprise de 1650 ha. d'espace agricole et de zone humide ; Sans compter les voies d'accès. Depuis 2009, les premiers opposants de l’aéroport  squattent le site. Pour empêcher les premiers coups de pelle des bulldozers, les actions s’intensifient depuis 2012. Les affrontements entre force de l’ordre et manifestants ont été violents. Le  projet est suspendu dans l'attente de décisions du tribunal administratif dans le cadre de recours "Loi sur l'eau" et "la destruction des espèces". www.acipa-ndl.fr   www.desailespourlouest.fr


2- Le TESTET (Sivens) (Tarn). 

Pour essayer de mieux irriguer les terres des agriculteurs, un projet de barrage est imaginé dès la fin des années 1970. Cette construction crée immédiatement une vive contestation. Les militants écologistes dénoncent notamment la destruction d’une zone humide riche en espèces protégées. Le 25 octobre, une nouvelle manifestation dégénère (voir ci-dessous). Rémi Fraisse, un militant de 21 ans est tué par un tir de grenade offensive. Le 31 octobre, le président du Conseil général du Tarn décide de suspendre les travaux. www.collectif-testet.org  http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_de_Sivens


3- Le CENTER-PARC de CHAMBARAN (ROYBON) (Isère) . 

La contestation enfle autour du projet de nouveau Center Parcs, qui doit s'étendre sur plus de 200 hectares . Le site, dont l’ouverture est toujours prévue en 2017, pourra accueillir près de 6 000 personnes dans un village clôturé où un millier de bungalows, ainsi que des commerces et des restaurants, entoureront une bulle transparente géante maintenue artificiellement à 29°C, avec plusieurs piscines, jacuzzis et saunas.  http://www.pcscp.org/   http://vivreenchambaran.fr/


4- CENTER PARC de POLIGNY (Jura) : 

Il devrait s'installer au cœur même de la forêt de Poligny. Depuis l'annonce du projet, des riverains se posent en effet de nombreuses questions. Ils ont donc décidé de se regrouper au sein d'une association: le Pic Noir. Un débat public est en prévision. 400 chalets impactant 100 hectares de forêt seraient programmés. http://france3-regions.francetvinfo.fr/franche-comte/2014/03/28/center-parcs-va-s-installer-poligny-dans-le-jura-444273.html /
http://www.verre2terre.fr/2014/05/chateau-chalon-et-la-bulle-infernale-de-center-parcs/


5- CENTER PARC du ROUSSET (Saône-et-Loire) : 

Un collectif départemental s'oppose à ce projet pour son impact global sur l'environnement mais aussi pour des considérations économiques, sociales, d'aménagement du territoire rural  http://www.lejsl.com/edition-charolais-brionnais/2014/07/17/center-parcs-ils-sont-contre / http://www.lejsl.com/actualite/2014/07/01/center-parc-du-rousset-protocole-d-accord-signe



6- Ligne TGV LYON-TURIN  -NO TAV- (dans les Alpes). 

Depuis le début des années 1990, des écologistes se battent contre la création d’une ligne de chemin de fer entre la France et l’Italie, à travers les Alpes (avec un tunnel de près de 60 km). Le mouvement "No-Tav" (Treno ad alta velocita, TGV en italien) a déposé de très nombreux recours juridiques pour essayer de ralentir le projet estimé aujourd'hui à 26 milliards€. En 2013, plusieurs militants se sont introduits sur le chantier du tunnel de Chiomonte pour saboter les machines. Quatre d’entre eux ont été arrêtés. http://www.dailymotion.com/video/x2733j8_no-tav-ligne-a-grande-vitesse-lyon-turin-vallee-de-suse_webcam / http://fr.wikipedia.org/wiki/Liaison_ferroviaire_transalpine_Lyon_-_Turin  



7- CENTRE D'ENFOUISSEMENT DE BURE (Meuse). 

Ce petit village au cœur de la Meuse a été choisi pour accueillir un immense cimetière sous-terrain de déchets radioactifs. En 2004, des militants anti-nucléaires rachètent une ferme qu’ils rebaptisent "Maison de résistance à la poubelle nucléaire". Pour éviter que 80.000 mètres cubes ne soient enfouis à 500 mètres sous terre, le collectif "Bure Zone Libre" a lancé une campagne de sensibilisation contre ce projet. L’exploitation est prévue pour 2025. http://burestop.free.fr/spip/ /  http://fr.wikipedia.org/wiki/Laboratoire_de_Bure



8- GRAND CONTOURNEMENT OUEST -Strasbourg- (Bas-Rhin). 

Le Collectif "GCO non merci" lutte depuis 1999 contre le projet d'autoroute à péage 2x2 voies (de 24 km) qui permettra de contourner la ville de Strasbourg. Si cette construction est destinée à désengorger l’agglomération, les écologistes estiment que 300 hectares de terres fertiles sont menacés. Depuis le mois de juin 2014, des cabanes en bois ont été construites et occupées sur le tracé de l’autoroute. Le chantier devrait commencer en 2018. www.gcononmerci.org    http://www.gco2016tousgagnants.com/



9- FERME DES 1000 VACHES (Drucat) (Somme): 

Grâce au plus gros méthaniseur d’Europe, la "ferme des 1.000 vaches" devrait pouvoir produire 2,8 millions de litres de lait et 1,5 mégawatt d’électricité par an. En mai 2014, neuf militants de la Confédération paysanne pénètrent sur le site pour le saboter. Ils seront condamnés à des peines allant de l’amende à cinq mois de prison avec sursis. Malgré de nombreuses manifestations et autres actions de blocage, 150 vaches sont installées le 13 septembre dernier (elles sont aujourd’hui un peu moins de 500). Il est obtenu des opposants qu'une nouvelle enquête publique doit être réalisée pour atteindre potentiellement 1000 vaches. http://www.novissen.com/Pages/default.aspx / http://www.lavoixdunord.fr/economie/exclusif-nous-avons-penetre-dans-la-ferme-des-mille-ia0b0n2407656



10- POULAILLER GEANT de  DOULLENS (Somme): 

La construction d’une ferme qui pourra accueillir 250.000 poules pondeuses est en projet.  Le projet est initié par Pascal Lemaire, un entrepreneur local qui espère à terme pouvoir produire 400 millions d’oeufs par an. Il défend son projet comme étant une alternative aux oeufs en cage. Selon lui, les fermes-usines représentent le futur de l’élevage. (1) ci_dessous  /  http://www.lejdd.fr/Economie/Apres-la-ferme-des-1-000-vaches-celle-des-250-000-poules-691946



11- La FERME des BOUILLONS (Mont-Saint-Aignan) (Seine-Maritime). 

En décembre 2012, quelques militants décident d’occuper une ferme menacée de démolition. Pour éviter que le groupe Auchan n’implante un supermarché sur la zone, "la ferme des bouillons" organise des travaux de maraîchage mais aussi des débats et des rencontres culturelles. Le projet est suspendu depuis juillet 2014 et le collectif, fort de plus 1.000 adhérents, a récemment lancé une épargne citoyenne pour racheter la ferme à Auchan. La ferme est en attente d'un jugement capital au 19 décembre 2014 . http://bouillons.en-transition.fr/ /  http://www.normandie-actu.fr/expulsion-a-la-ferme-des-bouillons-pres-de-rouen-decision-de-justice-en-decembre-2014_100403/



12- LES MARAIS de la TOUQUES (Calvados) 

un projet qui date de 1974 !!! évalué à 50 millions €. Le projet de voie rapide de 4km près de Deauville (Calvados) doit traverser les marais de la Touques, une zone naturelle où vivent des espèces rares.C'est une histoire qui date d'une quinzaine d'années : le projet du conseil général du Calvados de relier totalement l'A13 à Deauville (Calvados) par voie rapide.  Sauf qu'elle traverserait une zone naturelle de marais de 1 500 ha, abritant de nombreuses espèces rares et menacées. http://www.trouville-deauville.maville.com/actu/actudet_-normandie-l-autoroute-des-marais-va-t-elle-un-jour-demarrer-_fil-2655363_actu.Htm



13- La ZAD Patates (Montesson) (Yvelines). 

C’est l’une des toutes dernières zones de maraîchage d'Île-de-France qui est menacée. Sur cette plaine agricole, les élus locaux veulent y étendre la zone commerciale de 8 hectares. Le collectif la "ZAD Patates" a décidé de planter des pommes de terre pour lutter contre ce projet. Depuis le 14 septembre dernier et un recours déposé pour la défense de l’environnement, le programme est suspendu. https://zadpatate.wordpress.com/category/zad-patate  http://www.yvelines.fr/cadre-de-vie/deplacements/routes-transports/rd121/historique/



14- EUROPA City (Gonesse) (Val d'Oise). 

Le groupe Auchan prévoit d’ouvrir à l’horizon 2020 (début du chantier prévu pour 2017) un gigantesque centre commercial et de loisirs, appelé "EuropaCity". Deux milliards d’euros d’investissements pour 250.000 m² de commerces et même… une piste de ski intérieur. Le 22 septembre dernier, les opposants au projet ont réuni plusieurs centaines de personnes.     http://www.europe1.fr/societe/europacity-un-nouveau-sivens-2278887           http://www.europacity.com/
deux h



15- OL LAND (Décines) (Rhône). 

Pour essayer d’empêcher la construction du futur stade de l’Olympique Lyonnais (Stade des Lumières), de nombreuses associations dont "Carton rouge" ont tout tenté : occupations, manifestations, blocages du tramway autour du site,… Au début de l’année, le campement des Décines a été expulsé. Seul l’agriculteur Philippe Layat résiste. ll refuse notamment l’expropriation de ses 9 hectares de terre rachetés aux prix dérisoire d’un euro le mètre carré. A ce jour, les travaux avancent, malgré le rejet d'une DUP, et le stade devrait être livré début 2016.  https://www.youtube.com/watch?v=eTrlYQ0u4Fo   http://fr.wikipedia.org/wiki/Stade_des_Lumi%C3%A8res



16- VAL TOLOSA (Toulouse) (Haute-Garonne). 

60.000 m² pour 150 boutiques, voici les mensurations du futur centre commercial de Val Tolosa. Malgré le rejet d’une demande d’annulation du permis de construire, les travaux n’ont toujours pas démarré. http://www.valtolosa.com/  https://www.youtube.com/watch?v=azYsr18xLNI



17- VILLAGE commercial Oxylane- St Jean-de-Braye (Loiret) 

C'est un un complexe commercial mêlant activités de sport et commerces spécialisés que le groupe Décathlon veut construire à cet endroit. D’une superficie de seize hectares, la zone de commerces et de loisirs doit être implantée sur d’anciennes terres agricoles. Les opposants ont remporté une victoire: Le projet avait été validé au plan départemental mais a été rejeté à l'échelon supérieur par la commission nationale d'aménagement commercial. http://france3-regions.francetvinfo.fr/centre/2014/11/14/village-sportif-oxylane-saint-jean-de-braye-l-autorisation-d-exploitation-commerciale-refusee-592236.html



18- ECO-VALLEE (Nice) (Alpes-Maritimes). 

C’est un monumental chantier qui s’étend sur près de 15 communes. "Eco Vallée" prévoit notamment la création d’un technopole, des logements mais aussi un quartier d’affaire et des transports. Les nombreuses pétitions et autres manifestations n'y ont rien changé. Le chantier a débuté en août 2013.  http://www.reporterre.net/spip.php?article5254 /  http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89co-Vall%C3%A9e



19- La LEO (Avignon) (Vaucluse) : 

La Liaison Est-Ouest d'Avignon, ou LEO et chiffrée à 367 millions d'euros, est une route nationale et voie express française prévue pour contourner la ville d'Avignon par le Sud. La 1ère tranche est réalisée, mais la 2ème et 3ème tranche, classée désormais "seconde priorité" par le rapport DURON sur les dépenses d'aménagement de l'Etat, est repoussée. L'ensemble est considérée indispensable par les élus. Ce projet impacte fortement la seule ceinture verte et des espaces maraîchers au sud d'Avignon par le tracé proposé, d'où l'opposition à celui-ci .http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/10/la-liaison-est-ouest-d-avignon-un-projet-critique_3174669_3244.html 



20- Route PAU/OLORON (Pyrénées-Atlantique) : 

Après l'abandon du projet d'autoroute A650 en 2008, un projet de nouvelle route (impactant des vallées) pour optimiser le raccordement à des axes autoroutiers et ferroviaires est envisagé. L'annulation du projet est réclamé par un collectif d'élus et de citoyens, mais des études se poursuivent.  Le coût total estimé ( par les opposants) est de 1 milliard d'euros pour 25kms . http://www.codebearn.org/language/fr-FR/Les-Dossiers/Liaison-routiere-Pau-Oloron.aspx http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2013/06/27/pau-oloron-les-opposants-interpellent-les-conseillers-generaux,1138932.php



21- LGV BORDEAUX-HENDAYE (2). 

Projet de ligne à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux et Hendaye, tronçon destiné à permettre, à terme, la mise en place d'une liaison à grande vitesse vers l'Espagne à partir du sud-ouest.  http://www.lepoint.fr/villes/lgv-une-ligne-de-fracture-31-03-2011-1316735_27.php  http://fr.wikipedia.org/wiki/LGV_Bordeaux_-_Espagne



22- LGV BORDEAUX-TOULOUSE : 

un projet de ligne à grande vitesse d'une longueur de 200 km consacrée au trafic de voyageurs entre Bordeaux et Toulouse.Une opposition se met en place qui soutient qu'il vaut mieux dépenser l'argent pour améliorer la ligne existante, pour le train de proximité. De nombreux citoyens  craignent aussi la destruction des sites naturels et estiment qu'un aménagement de la ligne existante serait plus opportun. http://fr.wikipedia.org/wiki/LGV_Bordeaux_-_Toulouse



23- Autoroute TOULOUSE-CASTRES. 

Projet de construction d'une autoroute Toulouse-Castres, en concession entre Castres et Verfeil (voté en séance plénière du Conseil régional le 13 mars 2014, à l'exception des élus EELV et Front de gauche qui ont exprimé leur désaccord). Des alternatives bien moins coûteuses existent selon, de nombreux maires ruraux.   http://www.letarnlibre.com/2014/07/03/1088-autoroute-castres-toulouse-13-maires-communes-rurale-disent-non.html   /    http://www.autoroute-castres-toulouse.midi-pyrenees.gouv.fr/



24- Autoroute St ETIENNE-LYON : 

Projet de construction de l'autoroute A45, en parallèle à l'autoroute A47 déjà existante. Ce dernier axe est jugé obsolète par les partisans de la construction de la nouvelle voie qui le considère trop accidentogène. Les péages sont prévus pour rendre ce nouvel axe plus rentable !!! Une nouvelle atteinte à l'environnement par la "bétonisation" est dénoncée. http://fr.wikipedia.org/wiki/Autoroute_A45_%28France%29



25- CENTRALE à BOIS de Gardanne (Boûches-du-Rhône): 

C'est le plus gros projet d'énergie biomasse en France. Et sans doute le plus contesté sur le plan environnemental. Le groupe allemand E.ON, fournisseur d'électricité et de gaz, va convertir la tranche 4 de l'ancienne centrale thermique au charbon de Gardanne en une des plus importantes unités européennes de production d'énergie alimentée par la biomasse. Mais l'approvisionnement de ce mastodonte fait redouter une destructuration de la filière bois en Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA) et au-delà. La centrale brûlera 855 000 tonnes/an de combustible biomasse : bois d'élagage et d'entretien des forêts mais également issu de l'exploitation forestière.   http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes/2014/10/05/gardanne-manifestation-contre-le-projet-de-la-centrale-bois-565028.html /  http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/03/21/gardanne-la-centrale-de-la-discorde_4387528_3244.html

26- CENTRALE à GAZ de LANDIVISIAU (Finistère) : 

La construction de cette centrale de 400Mw et de 400 millions€ est défendue par ses partisans comme une nécessité pour lutter contre la faible autonomie électrique de la Bretagne administrative, qui ne produit que 10% de son électricité, et répondre aux pointes de consommation hivernale. Les citoyens et élus opposés  considérent que d’autres solutions existent, plus efficaces, plus créatrices d’emplois et plus respectueuses de l'environnement qu'une centrale à cycle combiné au gaz. L'enquête d'utilité publique est close depuis fin octobre.  www.landivisiau-lacentrale.com  www.nonalacentrale-landivisiau.fr



27- DECHARGE de résidus automobiles de NONANT-le-PIN (Orne): 

C'est une décharge au coeur du bocage ornais et de ses nombreux haras qui  accueillerait chaque année 150 000 tonnes de déchets issus de l’industrie automobile pendant dix-sept ans. Depuis leur éviction de l'entrée du site par les forces de l'ordre les opposants ne désarment pas. Le risque, notamment, pour la pollution des eaux est dénoncé. Ce qui d'après eux, s'avère déjà ! http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/2014/12/03/nonant-le-pin-nouvelle-occupation-devant-gde-605494.html.
Le projet est initié par Pascal Lemaire, un entrepreneur local qui espère à terme pouvoir produire 400 millions d’oeufs par an. Il défend son projet comme étant une alternative aux oeufs en cage. - See more at: http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/13666/productivisme-gigantisme-decouvrez-ferme-des-250000-poules-de-doullens#sthash.HBYHk5y9.dpuf



28- Ligne THT Cotentin-Maine : 

Ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, qui doit relier le futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville au réseau électrique national. Le chantier colossal de 414 pylônes et 163 km de ligne courent sur deux circuits de 400 000 volts traversant 64 communes de quatre départements (Calvados, Manche, Ille-et-Vilaine et Mayenne) est arrivé à terme, mais la contestation se poursuit sur les conséquences économiques agricoles, sanitaires et paysagères de cette réalisation.  http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/lignes-tht   www.cotentin-maine.com/



29- Construction d'un SILO GEANT à Bû (Eure-et-Loir) : 

Les habitants proches du site reprochent à la coopérative Interface et à la commune d’avoir fait avancer le projet de silo de 12000 tonnes de capacité et de 35m de hauteur en catimini, sans les informer. Ils redoutent les risques d'explosion de ce silo et la noria de mouvements de poids-lourds et de tracteurs tout à proximité d'habitations http://www.bastamag.net/Un-silo-geant-met-en-danger-la



30- Hyper Incinérateur d'ECHILLAIS ( Charente-Maritime)
Vinci mène un projet d’incinérateur de déchets ménagers.Selon les opposants, une politique volontaire de réduction des déchets permettrait aux incinérateurs actuels d’absorber les besoins. Mme Royal a exprimé son opposition, mais de volte-face politique en renoncement des maires, le projet suit son cours pour brûler 75 000 tonnes de déchets par an. Il est aussi prévu d’associer à ce projet un TMB (Tri Mécano Biologique), un procédé de plus en plus controversé et qui sera probablement interdit en 2016. http://www.royan-actu.com/incinerateur-dechillais-vers-une-consultation-de-la-population-12141



(1) La résistance populaire a permis de faire échouer le projet d’une porcherie industrielle de 4 500 porcs dans le Pas-de-Calais et d’un poulailler conçu pour accueillir 400 000 poules en Saône-et-Loire. Des collectifs de citoyens se créent dans de nombreux départements pour contrer ces projets démesurés comme en Gironde, à Saint- Symphorien, où s’élabore un projet d’élevage de 11 000 porcs, ou encore dans le Vaucluse, l’Yonne, le Bas-Rhin... Dans les Deux-Sèvres, à Missé, la préfecture a permis l’installation d’un autre poulailler géant de 350 000 volailles.

(2) http://www.francetvinfo.fr/economie/transports/video-le-cout-des-gares-tgv-pointe-du-doigt_764667.html

mardi 9 décembre 2014

Etats-Unis: quand le Shale Boom fera pschitt

Source : JDLE

Aux Etats-Unis, l’industrie du gaz de schiste pourrait voir son optimisme rapidement douché. Selon une étude de l’université du Texas, les réserves pourraient s’assécher bien avant que ne le prédit l’EIA.


«Pour le gaz naturel, l’EIA [service de statistiques du département américain à l’énergie] n’a aucun doute: la production continuera à augmenter sans interruption jusqu’en 2040», prévoyait en 2013 son directeur Adam Sieminski. Le virus de l’optimisme a contaminé jusqu’à Barack Obama, selon qui les Etats-Unis «disposent de réserves de gaz naturel qui peuvent durer environ 100 ans», déclarait-il en 2012 dans son discours sur l’état de l’Union.
Pas si vite, tempère le journaliste américain Mason Inman dans un article publié par Nature. Menée par une équipe de géologues, d’ingénieurs pétroliers et d’économistes de l’université du Texas à Austin, une nouvelle analyse met sérieusement en doute ces prévisions.
Défaut majeur des travaux de l’EIA, ils reposent sur une évaluation géographique très grossière, avec une évaluation des réserves par comté. Or ceux-ci, dépassant fréquemment les 1.000 km2, peuvent abriter plusieurs milliers de puits. Les chercheurs texans ont quant à eux mené un travail plus fin, avec des mailles de seulement un mile carré (environ 2,5 km2).
«La résolution est une question importante car tout bassin de gaz de schiste possède des points riches, ainsi que de larges zones moins productives. Or les compagnies ciblent d’abord ces ‘sweet spots’, de telle manière que les futurs puits seront bien moins productifs que les actuels. Le modèle de l’EIA repose sur l’idée que les futurs puits seront au moins aussi productifs que ceux du passé dans un même comté», explique Mason Inman.
Une baisse rapide après 2020
Selon l’EIA, les quatre principaux bassins américains de gaz de schiste (Marcellus, Barnett, Fayetteville, Haynesville- devraient voir leur production augmenter jusqu’en 2020, puis connaître un plateau. Ils seraient alors relayés par d’autres bassins, ce qui expliquerait une production américaine en hausse jusqu’en 2040.
Or pour les chercheurs texans, la production des 4 bassins va certes augmenter jusqu’en 2020, mais rapidement décroître après cela, en raison de l’épuisement des points les plus intéressants. Une fois sortie de leur parenthèse Shale Boom, «les Etats-Unis vont connaître un réveil difficile», estime Tad Patzek, qui dirige le département du pétrole et d’ingénierie des géosystèmes à l’université du Texas.
Les prix du gaz repartiront rapidement à la hausse, avec le risque que le pays se retrouve avec plus de véhicules et d’usines fonctionnant au gaz qu’il ne peut en alimenter. Ce qui, à terme, pourrait avoir des effets déplorables sur l’économie américaine.
Avant même d’avoir connu leur Shale Boom, d’autres pays commencent à douter de leurs chances. Mi-novembre, le conseil des académies des sciences européennes (EASAC) mettait en doute le potentiel du Vieux continent en la matière. Et plusieurs pays pourtant bien dotés, dont la Chine, le Mexique et l’Afrique du Sud, pourraient avoir bien du mal à l’extraire, faute de ressources suffisantes en eau.

Holloway

Source : Anne


Livre
"Changer le monde sans prendre le pouvoir" de John Holoway. 2002



"L’existence même de l’État en tant qu’instance séparée de la société signifie que, au-delà du contenu de sa politique, il participe activement au processus qui sépare les gens du contrôle de leur propre vie. Le capitalisme n’est rien d’autre que cela : la séparation des gens de leur propre action."

"la lutte pour émanciper le « pouvoir-de » (potentia) du « pouvoir-sur » (potestas)."

"la seule manière de concevoir la démocratie directe est de l’assimiler à un processus permanent d’expérimentation et d’auto éducation."
http://www.esprit68.org/deuxtextesholloway.html

dimanche 7 décembre 2014

De la littérature à la ZAD

Pour introduire un débat à la ZAD, j'ai lu des extraits de : 
Christiane Singer - N'oublie pas les chevaux écumants du passé - LeLivreDePoche, 2007
Christiane Singer - Où cours tu ? Ne vois tu pas que le ciel est en toi ? - LeLivreDePoche, 2003


Où cours tu ? Ne vois tu pas que le ciel est en toi ? - pp37
"Non seulement je suis sûr que ce que je vais dire est faux mais je suis sûr aussi que ce qu'on m'objectera sera faux et pourtant il n'y a pas d'autre choix que de se mettre à en parler..."
Est faux ce qui fleure la théorie.
Est juste - comme en musique - ce qui soudain résonne de l'un à l'autre, se propage comme une onde vibratoire.
Veillez donc à ne pas gaspiller d'énergie à tenter de me donner tort ou raison. Ce qui importe, c'est ce filet d'interrogations, d"hésitations, de conjectures que nous tissons ensemble, et où un son peut être à un certain moment, apparaît juste.

N'oublie pas les chevaux écumants du passé - pp13
L'homo technicus-economicus croit aussi, à sa manière, se suffire à lui même. Arrogant, démiurge, autosatisfait, il se frotte les mains, dispose de tout ce qu'offre la planète, s'arroge tous les droits, ignore ses devoirs, coupe les liens qui le relient aux autres humains, à la nature, à l'histoire et au cosmos. ll pousse si loin l'émancipation qu'il court le risque de déchirer tous les fils et de décrocher, de se décrocher, de s'auto-expulser de la vie. Son idéologie est si simpliste que n'importe quel fondamentalisme religieux apparaît en comparaison subtil et pluriel. Un seul précepte, une seule loi, un seul paramètre, un seul étalon : le rendement ! Qui dit mieux dans la trivialité criminelle d'un ordre unique ? Comment ne pas voir que chaque euro retiré à la culture et à l'éducation devra être multiplié par cent pour renflouer les services médicaux, l'aide sociale et la sécurité policière ? Car sans connaissances, sans vision et sans fertilité imaginaire, toute société sombre tôt ou tard dans le non-sens et l'agression.
Il existe à ce jeu macabre un puissant contre-poison.
A portée de la main, à tout instant : c'est la gratitude.
Elle seule suspend notre course avide.
Elle seule donne accès à une abondance sans rivage.
Elle révèle que tout est don et qui plus est : don immérité. Non parce que nous en serions, selon une optique moralisante, indignes, mais parce que notre mérite ne sera jamais assez grand pour contrebalancer la générosité de la vie !
[...]
A la surabondance généreuse de la vie, nous répondons par une rapacité sournoise.
La vie nous donne en abondance ce que notre système économique vient de lui arracher par la ruse et l'agression manipulatrices.
Il existe une question qui, lorsqu'on la pose sérieusement, donne le vertige : qu'as tu que tu n'aies pas reçu en don ?
Si je promène mon regard autour de moi, je dois tôt ou tard reconnaître qu'il y a peu de choses que je n'ai reçues en don : cette terre sur laquelle je pose mes pas, cet air que je respire, à qui sont-ils ? Cette langue que je parle, à qui est-elle ? Ces connaissances que j'ai glanées, que j'ai pu croire miennes ? Cette main qui mène ma plume ? Ce corps généreusement prêté pour un temps ?

N'oublie pas les chevaux écumants du passé - pp43
Des légions entières sont à l'oeuvre pour simplifier mon quotidien - des chercheurs, des innovateurs dans l'industrie et l'économie dont certains, j'en suis sûre, bien intentionnés et superbement doués. Leur but et de m'éviter ce qui ressemblerait à une participation : tourner un robinet, fermer une porte, se laver les mains avec un savon sont autant d'activités obsolètes. Je m'entends admonestée comme un badaud : "Circulez, circulez, vous empêchez la fermeture automatique des portes."
Peu à peu une conviction me gagne : ma présence n'est pas souhaitée et mon existence serait tellement plus "performante" si je cessais enfin de m'en mêler. OK. Mais j'oublie un détail. Avant de m'éclipser, je dois donner mon adresse bancaire.
Que faire ? J'ai beau prétendre que je n'ai besoin de rien, je dois m'exécuter. J'ai beau supplier que je ne veux être ni compétitive, ni efficace, ni actionnaire, l'énergie de cohésion m'impose d'accepter un petit rien, un petit leasing, un petit titre boursier, un petit geste de bon coeur envers les traders que mon comportement farfelu met en danger de finir dégraissés. "D'ailleurs si vous ne voulez vraiment rien dans ce secteur, acceptez au moins un tout petit antidépresseur pour ne pas désespérer l'industrie pharmaceutique - ou alors (cette fois tout bas à l'oreille) une petite coke, un petit crack, une petite came, histoire de ne pas lâcher au moins ceux que le lard de la société a repoussés vers la couenne : les dealers, les trafiquants, les exclus."
Bon, je m'attendris, je vais céder. Et pourtant non. Je ne sais toujours pas pourquoi devant tant de sourires encourageants, de dents aussi blanches que des narcodollars, je continue à rechigner !
C'est bizarre. Oui. J'ai une déplorable tendance à tout faire moi-même : accoucher de mes enfants après les avoir portés neuf mois, choisir les fruits que j'achète, laver mon petit linge au lavabo, sortir mettre mon courrier dans la boite aux lettres, serrer la main de mes voisins et embrasser mes amis. Je ne sais comment cela m'a pris mais rien ne m'a jamais guérie de ma féroce propension à habiter mon corps, mon cerveau et ma vie. Pire encore, au lieu de mener des conversations avec des personnes qui ne sont pas là, j'adresse la parole à ceux qui sont assis à côté de moi dans le train et dans la salle d'attente du dentiste. Je confesse que je suis vivante et irrécupérable.
Je ne suis pas encore mûre pour cette solution désespérée qui consiste à confier son existence à des entreprises spécialisées comme on déposait autrefois les nourrissons aux portes des couvents.

Où cours tu ? Ne vois tu pas que le ciel est en toi ? - pp58
La devise des grandes entreprises de pompes funèbres américaines : "Mourez et nous ferons le reste" est dans notre société contemporaine transformée en un : "Naissez et nous ferons le reste !" J'entends là un ordre diabolique de dépossession. Voilà ce pacte qu'à un moment donné nous avons conclu :
"Tu promets d'oublier que tu es un enfant de la vie et de devenir un malheureux citoyen ?
- Oui, je promets.
- Tu promets d'oublier que le monde t'a été confié et de sombrer dans une impuissance profonde ?
- Oui, je promets.
- Tu promets de toujours confier à quelqu'un d'autre la responsabilité de ta propre vie, à ton mari, à ton professeur, à un médecin ou à un prêtre, ou, en cas d'émancipation ou d'athéisme, à la publicité ou à la mode ?
- Oui, je le jure."
Ce qui a l'air d'une parodie est la réalité de notre existence. La plus grande part de notre énergie, nous l'utilisons pour oublier ce que nous savons.

N'oublie pas les chevaux écumants du passé - pp49
Il va falloir simplement redécouvrir le dialogue. Un maître et quelques écoliers. Un père, une mère et quelques enfants... Dans les années à venir, la découverte la plus révolutionnaire - j'en mets ma main au feu - sera la relation entre deux personnes - sans machine interposée, sans SMS, sans portable, sans email. L'homme redécouvrira la parole de l'homme et l'oreille de l'homme et cela bouleversera tout de fond en comble.
Ils sont nombreux, ceux qui bricolent des scénarios d'avenir dramatiques - et surtout dérisoires. Car depuis que j'observe attentivement ce marché, une seule loi sérieuse s'en est dégagée : l'avenir ne se laisse prévoir que longtemps après qu'il a eu lieu. Ma proposition qui suppute que l'homme est l'avenir de l'homme a du moins pour elle que cinq cent mille années environ l'ont quelque peu rôdée.
Pour ceux qui jugeront qu'ils ont à ne fréquenter que des machines, je propose une longue et tranquille période de réadaptation : une minute de paroles échangées le matin - même succinctes, même monosyllabiques pendant six mois. Puis un regard. Durant les trois années suivantes, deux minutes ; et là, des phrases entières avec un substantif, un verbe, un complément transitif ou circonstanciel selon le contenu du message - puis un regard accompagné cette fois d'un sourire. Il faut bien sûr avancer prudemment pour ne pas succomber à une overdose.
Le révérend père Charles Dogson, alias Lewis Carroll, père d'Alice au pays des merveilles, l'avait bien saisi : les choses sont stables alors que les vivants sont et resteront toujours décourageants par leur imprévisibilité.
Si vous choisissez un maillet et une boule de bois pour une partie de croquet, tout va bien. Si vous choisissez un flamant rose pour maillet, l'animal, en rétractant la tête au moment où vous allez frapper, fera irrémédiablement dévier la trajectoire de la balle - et comme de plus, la balle, elle, se trouvera être un hérisson roulé en boule, qui, à tout moment, peut décider de se sauver à toutes pattes sous le buisson, le jeu devient décourageant.
Aussi soyons francs : avec ce qui est vivant, on peut s'attendre à tout. Et pourtant, j'ose insister : l'avenir, ce sont des humains assis côte à côte ou face à face.
Ils ont en eux toute l'intelligence de la vie et ils s'aident l'un et l'autre patiemment à en trouver la trace. J'ose à peine dire ce qu'ils font ensemble tant j'ai peur de heurter la sensibilité contemporaine : ils se parlent !

Où cours tu ? Ne vois tu pas que le ciel est en toi ? - pp95
Pour les lois de la thermodynamique et de l'entropie, tout ce qui est créé est entraîné tôt ou tard de l'ordre au désordre. Tout finit bien sûr par s'affaiblir et se débiliter, tout ce qui était juste devient faux avec le temps, tout ce qui était beau et lisse se craquelle... Mais au lieu de nous en affliger, nous devrions voir là la sagesse primordiale de la vie qui ne nous livre pas une fois pour toutes un réel achevé, parfait et durable, mais nous invite en permanence, dans le respect de lois ontologiques, à réactualiser, à remettre à neuf ce qui s'étiole, à réinventer des contenants et des contenus, à faire que soit neuf ce qui était hier usé, que soit étincelant ce qui était terni. Nous sommes en permanence nécessaires à la création quotidienne du monde. Nous ne sommes jamais les gardiens d'un accompli mais toujours les cocréateurs d'un devenir.

N'oublie pas les chevaux écumants du passé - pp51
Il arrive qu'on me dise : vous paraissez ne pas aimer notre époque.
J'en reste penaude.
Serait-ce l'"aimer" que la regarder rouler à toute allure vers un mur de béton avec le patrimoine humain pour chargement et agiter doucement la main comme le faisaient les modistes et les cousettes sur un quai de gare au départ des armées en 1914 ?
Au siècle des Lumières se sont chèrement conquis le droit et la faculté de délaisser l'orthodoxie absolutiste et de repenser le contrat social. Nous revoilà trois cents ans plus tard dans la radicalité d'une pensée unique : l'ordre économique mondial.
Dans l'infinie combinatoire des possibles, nous nous laisserions intimider par cette coercition macabre ? Je ne peux y croire !
Le pire est loin d'être fatal.
J'en appelle à la lumineuse alliance du courage civique et de la connaissance des lois de la nature ; l'alliance de l'intelligence et de la vénération pour la vie.
Le récit que me fit le père Boulad de sa visite récente dans une école du Caire ouvre les vannes.
Après un débat plutôt morose sur la situation de la planète, il interroge les jeunes :
"Alors, si j'ai bien compris, vous voudriez que la paix et la justice règnent dans le monde ?
- OUI !" hurlent-ils tous ensemble.
Alors son poing s'abat sur la table avec fureur et les fait tous sursauter.
"Fous, fous que vous êtes ! Vous voulez donc être superflus !"