samedi 13 décembre 2014

Projets Nuisibles Imposés PARTOUT !

Un mail intéressant de Christophe Mounier



Ce DIMANCHE / Journée internationale des GPII (Grands Projets Inutiles Imposés)

Il y a actuellement,  rien qu'en France,  "une explosion" de (grands) projets contestés !  Alors, c'est quoi ? 

  • Des ELUS/DECIDEURS  PORTES PAR LA FOLIE DES GRANDEURS ???  
  • ou des CITOYENS QUI MAINTENANT S'OPPOSENT de plus en plus à TOUT ??  
  • ou peut-être bien encore ceux-ci sont de plus en plus éclairés "sur ce qu'on veut leur faire avaler"  ???

1- NOTRE-DAME-des-LANDES (Loire-Atlantique). 

Un projet d'aéroport ("idée" datant de 1963 !!! ) sur une emprise de 1650 ha. d'espace agricole et de zone humide ; Sans compter les voies d'accès. Depuis 2009, les premiers opposants de l’aéroport  squattent le site. Pour empêcher les premiers coups de pelle des bulldozers, les actions s’intensifient depuis 2012. Les affrontements entre force de l’ordre et manifestants ont été violents. Le  projet est suspendu dans l'attente de décisions du tribunal administratif dans le cadre de recours "Loi sur l'eau" et "la destruction des espèces". www.acipa-ndl.fr   www.desailespourlouest.fr


2- Le TESTET (Sivens) (Tarn). 

Pour essayer de mieux irriguer les terres des agriculteurs, un projet de barrage est imaginé dès la fin des années 1970. Cette construction crée immédiatement une vive contestation. Les militants écologistes dénoncent notamment la destruction d’une zone humide riche en espèces protégées. Le 25 octobre, une nouvelle manifestation dégénère (voir ci-dessous). Rémi Fraisse, un militant de 21 ans est tué par un tir de grenade offensive. Le 31 octobre, le président du Conseil général du Tarn décide de suspendre les travaux. www.collectif-testet.org  http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_de_Sivens


3- Le CENTER-PARC de CHAMBARAN (ROYBON) (Isère) . 

La contestation enfle autour du projet de nouveau Center Parcs, qui doit s'étendre sur plus de 200 hectares . Le site, dont l’ouverture est toujours prévue en 2017, pourra accueillir près de 6 000 personnes dans un village clôturé où un millier de bungalows, ainsi que des commerces et des restaurants, entoureront une bulle transparente géante maintenue artificiellement à 29°C, avec plusieurs piscines, jacuzzis et saunas.  http://www.pcscp.org/   http://vivreenchambaran.fr/


4- CENTER PARC de POLIGNY (Jura) : 

Il devrait s'installer au cœur même de la forêt de Poligny. Depuis l'annonce du projet, des riverains se posent en effet de nombreuses questions. Ils ont donc décidé de se regrouper au sein d'une association: le Pic Noir. Un débat public est en prévision. 400 chalets impactant 100 hectares de forêt seraient programmés. http://france3-regions.francetvinfo.fr/franche-comte/2014/03/28/center-parcs-va-s-installer-poligny-dans-le-jura-444273.html /
http://www.verre2terre.fr/2014/05/chateau-chalon-et-la-bulle-infernale-de-center-parcs/


5- CENTER PARC du ROUSSET (Saône-et-Loire) : 

Un collectif départemental s'oppose à ce projet pour son impact global sur l'environnement mais aussi pour des considérations économiques, sociales, d'aménagement du territoire rural  http://www.lejsl.com/edition-charolais-brionnais/2014/07/17/center-parcs-ils-sont-contre / http://www.lejsl.com/actualite/2014/07/01/center-parc-du-rousset-protocole-d-accord-signe



6- Ligne TGV LYON-TURIN  -NO TAV- (dans les Alpes). 

Depuis le début des années 1990, des écologistes se battent contre la création d’une ligne de chemin de fer entre la France et l’Italie, à travers les Alpes (avec un tunnel de près de 60 km). Le mouvement "No-Tav" (Treno ad alta velocita, TGV en italien) a déposé de très nombreux recours juridiques pour essayer de ralentir le projet estimé aujourd'hui à 26 milliards€. En 2013, plusieurs militants se sont introduits sur le chantier du tunnel de Chiomonte pour saboter les machines. Quatre d’entre eux ont été arrêtés. http://www.dailymotion.com/video/x2733j8_no-tav-ligne-a-grande-vitesse-lyon-turin-vallee-de-suse_webcam / http://fr.wikipedia.org/wiki/Liaison_ferroviaire_transalpine_Lyon_-_Turin  



7- CENTRE D'ENFOUISSEMENT DE BURE (Meuse). 

Ce petit village au cœur de la Meuse a été choisi pour accueillir un immense cimetière sous-terrain de déchets radioactifs. En 2004, des militants anti-nucléaires rachètent une ferme qu’ils rebaptisent "Maison de résistance à la poubelle nucléaire". Pour éviter que 80.000 mètres cubes ne soient enfouis à 500 mètres sous terre, le collectif "Bure Zone Libre" a lancé une campagne de sensibilisation contre ce projet. L’exploitation est prévue pour 2025. http://burestop.free.fr/spip/ /  http://fr.wikipedia.org/wiki/Laboratoire_de_Bure



8- GRAND CONTOURNEMENT OUEST -Strasbourg- (Bas-Rhin). 

Le Collectif "GCO non merci" lutte depuis 1999 contre le projet d'autoroute à péage 2x2 voies (de 24 km) qui permettra de contourner la ville de Strasbourg. Si cette construction est destinée à désengorger l’agglomération, les écologistes estiment que 300 hectares de terres fertiles sont menacés. Depuis le mois de juin 2014, des cabanes en bois ont été construites et occupées sur le tracé de l’autoroute. Le chantier devrait commencer en 2018. www.gcononmerci.org    http://www.gco2016tousgagnants.com/



9- FERME DES 1000 VACHES (Drucat) (Somme): 

Grâce au plus gros méthaniseur d’Europe, la "ferme des 1.000 vaches" devrait pouvoir produire 2,8 millions de litres de lait et 1,5 mégawatt d’électricité par an. En mai 2014, neuf militants de la Confédération paysanne pénètrent sur le site pour le saboter. Ils seront condamnés à des peines allant de l’amende à cinq mois de prison avec sursis. Malgré de nombreuses manifestations et autres actions de blocage, 150 vaches sont installées le 13 septembre dernier (elles sont aujourd’hui un peu moins de 500). Il est obtenu des opposants qu'une nouvelle enquête publique doit être réalisée pour atteindre potentiellement 1000 vaches. http://www.novissen.com/Pages/default.aspx / http://www.lavoixdunord.fr/economie/exclusif-nous-avons-penetre-dans-la-ferme-des-mille-ia0b0n2407656



10- POULAILLER GEANT de  DOULLENS (Somme): 

La construction d’une ferme qui pourra accueillir 250.000 poules pondeuses est en projet.  Le projet est initié par Pascal Lemaire, un entrepreneur local qui espère à terme pouvoir produire 400 millions d’oeufs par an. Il défend son projet comme étant une alternative aux oeufs en cage. Selon lui, les fermes-usines représentent le futur de l’élevage. (1) ci_dessous  /  http://www.lejdd.fr/Economie/Apres-la-ferme-des-1-000-vaches-celle-des-250-000-poules-691946



11- La FERME des BOUILLONS (Mont-Saint-Aignan) (Seine-Maritime). 

En décembre 2012, quelques militants décident d’occuper une ferme menacée de démolition. Pour éviter que le groupe Auchan n’implante un supermarché sur la zone, "la ferme des bouillons" organise des travaux de maraîchage mais aussi des débats et des rencontres culturelles. Le projet est suspendu depuis juillet 2014 et le collectif, fort de plus 1.000 adhérents, a récemment lancé une épargne citoyenne pour racheter la ferme à Auchan. La ferme est en attente d'un jugement capital au 19 décembre 2014 . http://bouillons.en-transition.fr/ /  http://www.normandie-actu.fr/expulsion-a-la-ferme-des-bouillons-pres-de-rouen-decision-de-justice-en-decembre-2014_100403/



12- LES MARAIS de la TOUQUES (Calvados) 

un projet qui date de 1974 !!! évalué à 50 millions €. Le projet de voie rapide de 4km près de Deauville (Calvados) doit traverser les marais de la Touques, une zone naturelle où vivent des espèces rares.C'est une histoire qui date d'une quinzaine d'années : le projet du conseil général du Calvados de relier totalement l'A13 à Deauville (Calvados) par voie rapide.  Sauf qu'elle traverserait une zone naturelle de marais de 1 500 ha, abritant de nombreuses espèces rares et menacées. http://www.trouville-deauville.maville.com/actu/actudet_-normandie-l-autoroute-des-marais-va-t-elle-un-jour-demarrer-_fil-2655363_actu.Htm



13- La ZAD Patates (Montesson) (Yvelines). 

C’est l’une des toutes dernières zones de maraîchage d'Île-de-France qui est menacée. Sur cette plaine agricole, les élus locaux veulent y étendre la zone commerciale de 8 hectares. Le collectif la "ZAD Patates" a décidé de planter des pommes de terre pour lutter contre ce projet. Depuis le 14 septembre dernier et un recours déposé pour la défense de l’environnement, le programme est suspendu. https://zadpatate.wordpress.com/category/zad-patate  http://www.yvelines.fr/cadre-de-vie/deplacements/routes-transports/rd121/historique/



14- EUROPA City (Gonesse) (Val d'Oise). 

Le groupe Auchan prévoit d’ouvrir à l’horizon 2020 (début du chantier prévu pour 2017) un gigantesque centre commercial et de loisirs, appelé "EuropaCity". Deux milliards d’euros d’investissements pour 250.000 m² de commerces et même… une piste de ski intérieur. Le 22 septembre dernier, les opposants au projet ont réuni plusieurs centaines de personnes.     http://www.europe1.fr/societe/europacity-un-nouveau-sivens-2278887           http://www.europacity.com/
deux h



15- OL LAND (Décines) (Rhône). 

Pour essayer d’empêcher la construction du futur stade de l’Olympique Lyonnais (Stade des Lumières), de nombreuses associations dont "Carton rouge" ont tout tenté : occupations, manifestations, blocages du tramway autour du site,… Au début de l’année, le campement des Décines a été expulsé. Seul l’agriculteur Philippe Layat résiste. ll refuse notamment l’expropriation de ses 9 hectares de terre rachetés aux prix dérisoire d’un euro le mètre carré. A ce jour, les travaux avancent, malgré le rejet d'une DUP, et le stade devrait être livré début 2016.  https://www.youtube.com/watch?v=eTrlYQ0u4Fo   http://fr.wikipedia.org/wiki/Stade_des_Lumi%C3%A8res



16- VAL TOLOSA (Toulouse) (Haute-Garonne). 

60.000 m² pour 150 boutiques, voici les mensurations du futur centre commercial de Val Tolosa. Malgré le rejet d’une demande d’annulation du permis de construire, les travaux n’ont toujours pas démarré. http://www.valtolosa.com/  https://www.youtube.com/watch?v=azYsr18xLNI



17- VILLAGE commercial Oxylane- St Jean-de-Braye (Loiret) 

C'est un un complexe commercial mêlant activités de sport et commerces spécialisés que le groupe Décathlon veut construire à cet endroit. D’une superficie de seize hectares, la zone de commerces et de loisirs doit être implantée sur d’anciennes terres agricoles. Les opposants ont remporté une victoire: Le projet avait été validé au plan départemental mais a été rejeté à l'échelon supérieur par la commission nationale d'aménagement commercial. http://france3-regions.francetvinfo.fr/centre/2014/11/14/village-sportif-oxylane-saint-jean-de-braye-l-autorisation-d-exploitation-commerciale-refusee-592236.html



18- ECO-VALLEE (Nice) (Alpes-Maritimes). 

C’est un monumental chantier qui s’étend sur près de 15 communes. "Eco Vallée" prévoit notamment la création d’un technopole, des logements mais aussi un quartier d’affaire et des transports. Les nombreuses pétitions et autres manifestations n'y ont rien changé. Le chantier a débuté en août 2013.  http://www.reporterre.net/spip.php?article5254 /  http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89co-Vall%C3%A9e



19- La LEO (Avignon) (Vaucluse) : 

La Liaison Est-Ouest d'Avignon, ou LEO et chiffrée à 367 millions d'euros, est une route nationale et voie express française prévue pour contourner la ville d'Avignon par le Sud. La 1ère tranche est réalisée, mais la 2ème et 3ème tranche, classée désormais "seconde priorité" par le rapport DURON sur les dépenses d'aménagement de l'Etat, est repoussée. L'ensemble est considérée indispensable par les élus. Ce projet impacte fortement la seule ceinture verte et des espaces maraîchers au sud d'Avignon par le tracé proposé, d'où l'opposition à celui-ci .http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/10/la-liaison-est-ouest-d-avignon-un-projet-critique_3174669_3244.html 



20- Route PAU/OLORON (Pyrénées-Atlantique) : 

Après l'abandon du projet d'autoroute A650 en 2008, un projet de nouvelle route (impactant des vallées) pour optimiser le raccordement à des axes autoroutiers et ferroviaires est envisagé. L'annulation du projet est réclamé par un collectif d'élus et de citoyens, mais des études se poursuivent.  Le coût total estimé ( par les opposants) est de 1 milliard d'euros pour 25kms . http://www.codebearn.org/language/fr-FR/Les-Dossiers/Liaison-routiere-Pau-Oloron.aspx http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2013/06/27/pau-oloron-les-opposants-interpellent-les-conseillers-generaux,1138932.php



21- LGV BORDEAUX-HENDAYE (2). 

Projet de ligne à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux et Hendaye, tronçon destiné à permettre, à terme, la mise en place d'une liaison à grande vitesse vers l'Espagne à partir du sud-ouest.  http://www.lepoint.fr/villes/lgv-une-ligne-de-fracture-31-03-2011-1316735_27.php  http://fr.wikipedia.org/wiki/LGV_Bordeaux_-_Espagne



22- LGV BORDEAUX-TOULOUSE : 

un projet de ligne à grande vitesse d'une longueur de 200 km consacrée au trafic de voyageurs entre Bordeaux et Toulouse.Une opposition se met en place qui soutient qu'il vaut mieux dépenser l'argent pour améliorer la ligne existante, pour le train de proximité. De nombreux citoyens  craignent aussi la destruction des sites naturels et estiment qu'un aménagement de la ligne existante serait plus opportun. http://fr.wikipedia.org/wiki/LGV_Bordeaux_-_Toulouse



23- Autoroute TOULOUSE-CASTRES. 

Projet de construction d'une autoroute Toulouse-Castres, en concession entre Castres et Verfeil (voté en séance plénière du Conseil régional le 13 mars 2014, à l'exception des élus EELV et Front de gauche qui ont exprimé leur désaccord). Des alternatives bien moins coûteuses existent selon, de nombreux maires ruraux.   http://www.letarnlibre.com/2014/07/03/1088-autoroute-castres-toulouse-13-maires-communes-rurale-disent-non.html   /    http://www.autoroute-castres-toulouse.midi-pyrenees.gouv.fr/



24- Autoroute St ETIENNE-LYON : 

Projet de construction de l'autoroute A45, en parallèle à l'autoroute A47 déjà existante. Ce dernier axe est jugé obsolète par les partisans de la construction de la nouvelle voie qui le considère trop accidentogène. Les péages sont prévus pour rendre ce nouvel axe plus rentable !!! Une nouvelle atteinte à l'environnement par la "bétonisation" est dénoncée. http://fr.wikipedia.org/wiki/Autoroute_A45_%28France%29



25- CENTRALE à BOIS de Gardanne (Boûches-du-Rhône): 

C'est le plus gros projet d'énergie biomasse en France. Et sans doute le plus contesté sur le plan environnemental. Le groupe allemand E.ON, fournisseur d'électricité et de gaz, va convertir la tranche 4 de l'ancienne centrale thermique au charbon de Gardanne en une des plus importantes unités européennes de production d'énergie alimentée par la biomasse. Mais l'approvisionnement de ce mastodonte fait redouter une destructuration de la filière bois en Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA) et au-delà. La centrale brûlera 855 000 tonnes/an de combustible biomasse : bois d'élagage et d'entretien des forêts mais également issu de l'exploitation forestière.   http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes/2014/10/05/gardanne-manifestation-contre-le-projet-de-la-centrale-bois-565028.html /  http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/03/21/gardanne-la-centrale-de-la-discorde_4387528_3244.html

26- CENTRALE à GAZ de LANDIVISIAU (Finistère) : 

La construction de cette centrale de 400Mw et de 400 millions€ est défendue par ses partisans comme une nécessité pour lutter contre la faible autonomie électrique de la Bretagne administrative, qui ne produit que 10% de son électricité, et répondre aux pointes de consommation hivernale. Les citoyens et élus opposés  considérent que d’autres solutions existent, plus efficaces, plus créatrices d’emplois et plus respectueuses de l'environnement qu'une centrale à cycle combiné au gaz. L'enquête d'utilité publique est close depuis fin octobre.  www.landivisiau-lacentrale.com  www.nonalacentrale-landivisiau.fr



27- DECHARGE de résidus automobiles de NONANT-le-PIN (Orne): 

C'est une décharge au coeur du bocage ornais et de ses nombreux haras qui  accueillerait chaque année 150 000 tonnes de déchets issus de l’industrie automobile pendant dix-sept ans. Depuis leur éviction de l'entrée du site par les forces de l'ordre les opposants ne désarment pas. Le risque, notamment, pour la pollution des eaux est dénoncé. Ce qui d'après eux, s'avère déjà ! http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/2014/12/03/nonant-le-pin-nouvelle-occupation-devant-gde-605494.html.
Le projet est initié par Pascal Lemaire, un entrepreneur local qui espère à terme pouvoir produire 400 millions d’oeufs par an. Il défend son projet comme étant une alternative aux oeufs en cage. - See more at: http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/13666/productivisme-gigantisme-decouvrez-ferme-des-250000-poules-de-doullens#sthash.HBYHk5y9.dpuf



28- Ligne THT Cotentin-Maine : 

Ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, qui doit relier le futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville au réseau électrique national. Le chantier colossal de 414 pylônes et 163 km de ligne courent sur deux circuits de 400 000 volts traversant 64 communes de quatre départements (Calvados, Manche, Ille-et-Vilaine et Mayenne) est arrivé à terme, mais la contestation se poursuit sur les conséquences économiques agricoles, sanitaires et paysagères de cette réalisation.  http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/lignes-tht   www.cotentin-maine.com/



29- Construction d'un SILO GEANT à Bû (Eure-et-Loir) : 

Les habitants proches du site reprochent à la coopérative Interface et à la commune d’avoir fait avancer le projet de silo de 12000 tonnes de capacité et de 35m de hauteur en catimini, sans les informer. Ils redoutent les risques d'explosion de ce silo et la noria de mouvements de poids-lourds et de tracteurs tout à proximité d'habitations http://www.bastamag.net/Un-silo-geant-met-en-danger-la



30- Hyper Incinérateur d'ECHILLAIS ( Charente-Maritime)
Vinci mène un projet d’incinérateur de déchets ménagers.Selon les opposants, une politique volontaire de réduction des déchets permettrait aux incinérateurs actuels d’absorber les besoins. Mme Royal a exprimé son opposition, mais de volte-face politique en renoncement des maires, le projet suit son cours pour brûler 75 000 tonnes de déchets par an. Il est aussi prévu d’associer à ce projet un TMB (Tri Mécano Biologique), un procédé de plus en plus controversé et qui sera probablement interdit en 2016. http://www.royan-actu.com/incinerateur-dechillais-vers-une-consultation-de-la-population-12141



(1) La résistance populaire a permis de faire échouer le projet d’une porcherie industrielle de 4 500 porcs dans le Pas-de-Calais et d’un poulailler conçu pour accueillir 400 000 poules en Saône-et-Loire. Des collectifs de citoyens se créent dans de nombreux départements pour contrer ces projets démesurés comme en Gironde, à Saint- Symphorien, où s’élabore un projet d’élevage de 11 000 porcs, ou encore dans le Vaucluse, l’Yonne, le Bas-Rhin... Dans les Deux-Sèvres, à Missé, la préfecture a permis l’installation d’un autre poulailler géant de 350 000 volailles.

(2) http://www.francetvinfo.fr/economie/transports/video-le-cout-des-gares-tgv-pointe-du-doigt_764667.html

mardi 9 décembre 2014

Etats-Unis: quand le Shale Boom fera pschitt

Source : JDLE

Aux Etats-Unis, l’industrie du gaz de schiste pourrait voir son optimisme rapidement douché. Selon une étude de l’université du Texas, les réserves pourraient s’assécher bien avant que ne le prédit l’EIA.


«Pour le gaz naturel, l’EIA [service de statistiques du département américain à l’énergie] n’a aucun doute: la production continuera à augmenter sans interruption jusqu’en 2040», prévoyait en 2013 son directeur Adam Sieminski. Le virus de l’optimisme a contaminé jusqu’à Barack Obama, selon qui les Etats-Unis «disposent de réserves de gaz naturel qui peuvent durer environ 100 ans», déclarait-il en 2012 dans son discours sur l’état de l’Union.
Pas si vite, tempère le journaliste américain Mason Inman dans un article publié par Nature. Menée par une équipe de géologues, d’ingénieurs pétroliers et d’économistes de l’université du Texas à Austin, une nouvelle analyse met sérieusement en doute ces prévisions.
Défaut majeur des travaux de l’EIA, ils reposent sur une évaluation géographique très grossière, avec une évaluation des réserves par comté. Or ceux-ci, dépassant fréquemment les 1.000 km2, peuvent abriter plusieurs milliers de puits. Les chercheurs texans ont quant à eux mené un travail plus fin, avec des mailles de seulement un mile carré (environ 2,5 km2).
«La résolution est une question importante car tout bassin de gaz de schiste possède des points riches, ainsi que de larges zones moins productives. Or les compagnies ciblent d’abord ces ‘sweet spots’, de telle manière que les futurs puits seront bien moins productifs que les actuels. Le modèle de l’EIA repose sur l’idée que les futurs puits seront au moins aussi productifs que ceux du passé dans un même comté», explique Mason Inman.
Une baisse rapide après 2020
Selon l’EIA, les quatre principaux bassins américains de gaz de schiste (Marcellus, Barnett, Fayetteville, Haynesville- devraient voir leur production augmenter jusqu’en 2020, puis connaître un plateau. Ils seraient alors relayés par d’autres bassins, ce qui expliquerait une production américaine en hausse jusqu’en 2040.
Or pour les chercheurs texans, la production des 4 bassins va certes augmenter jusqu’en 2020, mais rapidement décroître après cela, en raison de l’épuisement des points les plus intéressants. Une fois sortie de leur parenthèse Shale Boom, «les Etats-Unis vont connaître un réveil difficile», estime Tad Patzek, qui dirige le département du pétrole et d’ingénierie des géosystèmes à l’université du Texas.
Les prix du gaz repartiront rapidement à la hausse, avec le risque que le pays se retrouve avec plus de véhicules et d’usines fonctionnant au gaz qu’il ne peut en alimenter. Ce qui, à terme, pourrait avoir des effets déplorables sur l’économie américaine.
Avant même d’avoir connu leur Shale Boom, d’autres pays commencent à douter de leurs chances. Mi-novembre, le conseil des académies des sciences européennes (EASAC) mettait en doute le potentiel du Vieux continent en la matière. Et plusieurs pays pourtant bien dotés, dont la Chine, le Mexique et l’Afrique du Sud, pourraient avoir bien du mal à l’extraire, faute de ressources suffisantes en eau.

Holloway

Source : Anne


Livre
"Changer le monde sans prendre le pouvoir" de John Holoway. 2002



"L’existence même de l’État en tant qu’instance séparée de la société signifie que, au-delà du contenu de sa politique, il participe activement au processus qui sépare les gens du contrôle de leur propre vie. Le capitalisme n’est rien d’autre que cela : la séparation des gens de leur propre action."

"la lutte pour émanciper le « pouvoir-de » (potentia) du « pouvoir-sur » (potestas)."

"la seule manière de concevoir la démocratie directe est de l’assimiler à un processus permanent d’expérimentation et d’auto éducation."
http://www.esprit68.org/deuxtextesholloway.html

dimanche 7 décembre 2014

De la littérature à la ZAD

Pour introduire un débat à la ZAD, j'ai lu des extraits de : 
Christiane Singer - N'oublie pas les chevaux écumants du passé - LeLivreDePoche, 2007
Christiane Singer - Où cours tu ? Ne vois tu pas que le ciel est en toi ? - LeLivreDePoche, 2003


Où cours tu ? Ne vois tu pas que le ciel est en toi ? - pp37
"Non seulement je suis sûr que ce que je vais dire est faux mais je suis sûr aussi que ce qu'on m'objectera sera faux et pourtant il n'y a pas d'autre choix que de se mettre à en parler..."
Est faux ce qui fleure la théorie.
Est juste - comme en musique - ce qui soudain résonne de l'un à l'autre, se propage comme une onde vibratoire.
Veillez donc à ne pas gaspiller d'énergie à tenter de me donner tort ou raison. Ce qui importe, c'est ce filet d'interrogations, d"hésitations, de conjectures que nous tissons ensemble, et où un son peut être à un certain moment, apparaît juste.

N'oublie pas les chevaux écumants du passé - pp13
L'homo technicus-economicus croit aussi, à sa manière, se suffire à lui même. Arrogant, démiurge, autosatisfait, il se frotte les mains, dispose de tout ce qu'offre la planète, s'arroge tous les droits, ignore ses devoirs, coupe les liens qui le relient aux autres humains, à la nature, à l'histoire et au cosmos. ll pousse si loin l'émancipation qu'il court le risque de déchirer tous les fils et de décrocher, de se décrocher, de s'auto-expulser de la vie. Son idéologie est si simpliste que n'importe quel fondamentalisme religieux apparaît en comparaison subtil et pluriel. Un seul précepte, une seule loi, un seul paramètre, un seul étalon : le rendement ! Qui dit mieux dans la trivialité criminelle d'un ordre unique ? Comment ne pas voir que chaque euro retiré à la culture et à l'éducation devra être multiplié par cent pour renflouer les services médicaux, l'aide sociale et la sécurité policière ? Car sans connaissances, sans vision et sans fertilité imaginaire, toute société sombre tôt ou tard dans le non-sens et l'agression.
Il existe à ce jeu macabre un puissant contre-poison.
A portée de la main, à tout instant : c'est la gratitude.
Elle seule suspend notre course avide.
Elle seule donne accès à une abondance sans rivage.
Elle révèle que tout est don et qui plus est : don immérité. Non parce que nous en serions, selon une optique moralisante, indignes, mais parce que notre mérite ne sera jamais assez grand pour contrebalancer la générosité de la vie !
[...]
A la surabondance généreuse de la vie, nous répondons par une rapacité sournoise.
La vie nous donne en abondance ce que notre système économique vient de lui arracher par la ruse et l'agression manipulatrices.
Il existe une question qui, lorsqu'on la pose sérieusement, donne le vertige : qu'as tu que tu n'aies pas reçu en don ?
Si je promène mon regard autour de moi, je dois tôt ou tard reconnaître qu'il y a peu de choses que je n'ai reçues en don : cette terre sur laquelle je pose mes pas, cet air que je respire, à qui sont-ils ? Cette langue que je parle, à qui est-elle ? Ces connaissances que j'ai glanées, que j'ai pu croire miennes ? Cette main qui mène ma plume ? Ce corps généreusement prêté pour un temps ?

N'oublie pas les chevaux écumants du passé - pp43
Des légions entières sont à l'oeuvre pour simplifier mon quotidien - des chercheurs, des innovateurs dans l'industrie et l'économie dont certains, j'en suis sûre, bien intentionnés et superbement doués. Leur but et de m'éviter ce qui ressemblerait à une participation : tourner un robinet, fermer une porte, se laver les mains avec un savon sont autant d'activités obsolètes. Je m'entends admonestée comme un badaud : "Circulez, circulez, vous empêchez la fermeture automatique des portes."
Peu à peu une conviction me gagne : ma présence n'est pas souhaitée et mon existence serait tellement plus "performante" si je cessais enfin de m'en mêler. OK. Mais j'oublie un détail. Avant de m'éclipser, je dois donner mon adresse bancaire.
Que faire ? J'ai beau prétendre que je n'ai besoin de rien, je dois m'exécuter. J'ai beau supplier que je ne veux être ni compétitive, ni efficace, ni actionnaire, l'énergie de cohésion m'impose d'accepter un petit rien, un petit leasing, un petit titre boursier, un petit geste de bon coeur envers les traders que mon comportement farfelu met en danger de finir dégraissés. "D'ailleurs si vous ne voulez vraiment rien dans ce secteur, acceptez au moins un tout petit antidépresseur pour ne pas désespérer l'industrie pharmaceutique - ou alors (cette fois tout bas à l'oreille) une petite coke, un petit crack, une petite came, histoire de ne pas lâcher au moins ceux que le lard de la société a repoussés vers la couenne : les dealers, les trafiquants, les exclus."
Bon, je m'attendris, je vais céder. Et pourtant non. Je ne sais toujours pas pourquoi devant tant de sourires encourageants, de dents aussi blanches que des narcodollars, je continue à rechigner !
C'est bizarre. Oui. J'ai une déplorable tendance à tout faire moi-même : accoucher de mes enfants après les avoir portés neuf mois, choisir les fruits que j'achète, laver mon petit linge au lavabo, sortir mettre mon courrier dans la boite aux lettres, serrer la main de mes voisins et embrasser mes amis. Je ne sais comment cela m'a pris mais rien ne m'a jamais guérie de ma féroce propension à habiter mon corps, mon cerveau et ma vie. Pire encore, au lieu de mener des conversations avec des personnes qui ne sont pas là, j'adresse la parole à ceux qui sont assis à côté de moi dans le train et dans la salle d'attente du dentiste. Je confesse que je suis vivante et irrécupérable.
Je ne suis pas encore mûre pour cette solution désespérée qui consiste à confier son existence à des entreprises spécialisées comme on déposait autrefois les nourrissons aux portes des couvents.

Où cours tu ? Ne vois tu pas que le ciel est en toi ? - pp58
La devise des grandes entreprises de pompes funèbres américaines : "Mourez et nous ferons le reste" est dans notre société contemporaine transformée en un : "Naissez et nous ferons le reste !" J'entends là un ordre diabolique de dépossession. Voilà ce pacte qu'à un moment donné nous avons conclu :
"Tu promets d'oublier que tu es un enfant de la vie et de devenir un malheureux citoyen ?
- Oui, je promets.
- Tu promets d'oublier que le monde t'a été confié et de sombrer dans une impuissance profonde ?
- Oui, je promets.
- Tu promets de toujours confier à quelqu'un d'autre la responsabilité de ta propre vie, à ton mari, à ton professeur, à un médecin ou à un prêtre, ou, en cas d'émancipation ou d'athéisme, à la publicité ou à la mode ?
- Oui, je le jure."
Ce qui a l'air d'une parodie est la réalité de notre existence. La plus grande part de notre énergie, nous l'utilisons pour oublier ce que nous savons.

N'oublie pas les chevaux écumants du passé - pp49
Il va falloir simplement redécouvrir le dialogue. Un maître et quelques écoliers. Un père, une mère et quelques enfants... Dans les années à venir, la découverte la plus révolutionnaire - j'en mets ma main au feu - sera la relation entre deux personnes - sans machine interposée, sans SMS, sans portable, sans email. L'homme redécouvrira la parole de l'homme et l'oreille de l'homme et cela bouleversera tout de fond en comble.
Ils sont nombreux, ceux qui bricolent des scénarios d'avenir dramatiques - et surtout dérisoires. Car depuis que j'observe attentivement ce marché, une seule loi sérieuse s'en est dégagée : l'avenir ne se laisse prévoir que longtemps après qu'il a eu lieu. Ma proposition qui suppute que l'homme est l'avenir de l'homme a du moins pour elle que cinq cent mille années environ l'ont quelque peu rôdée.
Pour ceux qui jugeront qu'ils ont à ne fréquenter que des machines, je propose une longue et tranquille période de réadaptation : une minute de paroles échangées le matin - même succinctes, même monosyllabiques pendant six mois. Puis un regard. Durant les trois années suivantes, deux minutes ; et là, des phrases entières avec un substantif, un verbe, un complément transitif ou circonstanciel selon le contenu du message - puis un regard accompagné cette fois d'un sourire. Il faut bien sûr avancer prudemment pour ne pas succomber à une overdose.
Le révérend père Charles Dogson, alias Lewis Carroll, père d'Alice au pays des merveilles, l'avait bien saisi : les choses sont stables alors que les vivants sont et resteront toujours décourageants par leur imprévisibilité.
Si vous choisissez un maillet et une boule de bois pour une partie de croquet, tout va bien. Si vous choisissez un flamant rose pour maillet, l'animal, en rétractant la tête au moment où vous allez frapper, fera irrémédiablement dévier la trajectoire de la balle - et comme de plus, la balle, elle, se trouvera être un hérisson roulé en boule, qui, à tout moment, peut décider de se sauver à toutes pattes sous le buisson, le jeu devient décourageant.
Aussi soyons francs : avec ce qui est vivant, on peut s'attendre à tout. Et pourtant, j'ose insister : l'avenir, ce sont des humains assis côte à côte ou face à face.
Ils ont en eux toute l'intelligence de la vie et ils s'aident l'un et l'autre patiemment à en trouver la trace. J'ose à peine dire ce qu'ils font ensemble tant j'ai peur de heurter la sensibilité contemporaine : ils se parlent !

Où cours tu ? Ne vois tu pas que le ciel est en toi ? - pp95
Pour les lois de la thermodynamique et de l'entropie, tout ce qui est créé est entraîné tôt ou tard de l'ordre au désordre. Tout finit bien sûr par s'affaiblir et se débiliter, tout ce qui était juste devient faux avec le temps, tout ce qui était beau et lisse se craquelle... Mais au lieu de nous en affliger, nous devrions voir là la sagesse primordiale de la vie qui ne nous livre pas une fois pour toutes un réel achevé, parfait et durable, mais nous invite en permanence, dans le respect de lois ontologiques, à réactualiser, à remettre à neuf ce qui s'étiole, à réinventer des contenants et des contenus, à faire que soit neuf ce qui était hier usé, que soit étincelant ce qui était terni. Nous sommes en permanence nécessaires à la création quotidienne du monde. Nous ne sommes jamais les gardiens d'un accompli mais toujours les cocréateurs d'un devenir.

N'oublie pas les chevaux écumants du passé - pp51
Il arrive qu'on me dise : vous paraissez ne pas aimer notre époque.
J'en reste penaude.
Serait-ce l'"aimer" que la regarder rouler à toute allure vers un mur de béton avec le patrimoine humain pour chargement et agiter doucement la main comme le faisaient les modistes et les cousettes sur un quai de gare au départ des armées en 1914 ?
Au siècle des Lumières se sont chèrement conquis le droit et la faculté de délaisser l'orthodoxie absolutiste et de repenser le contrat social. Nous revoilà trois cents ans plus tard dans la radicalité d'une pensée unique : l'ordre économique mondial.
Dans l'infinie combinatoire des possibles, nous nous laisserions intimider par cette coercition macabre ? Je ne peux y croire !
Le pire est loin d'être fatal.
J'en appelle à la lumineuse alliance du courage civique et de la connaissance des lois de la nature ; l'alliance de l'intelligence et de la vénération pour la vie.
Le récit que me fit le père Boulad de sa visite récente dans une école du Caire ouvre les vannes.
Après un débat plutôt morose sur la situation de la planète, il interroge les jeunes :
"Alors, si j'ai bien compris, vous voudriez que la paix et la justice règnent dans le monde ?
- OUI !" hurlent-ils tous ensemble.
Alors son poing s'abat sur la table avec fureur et les fait tous sursauter.
"Fous, fous que vous êtes ! Vous voulez donc être superflus !"




mercredi 26 novembre 2014

Une poubelle, des élèves, des bouts de papier et une belle leçon de vie

Source : mrmondialisation.org


Voici un enseignement simplifié, destiné aux jeunes et proposé par l’équipe buzfeed. Situation : un professeur de lycée veut enseigner une leçon simple et puissante à sa classe, sur le privilège et la mobilité sociale.

Lire en détail

mardi 25 novembre 2014

2014 en France : dans le top 3 des années les plus chaudes depuis 1900 ?

Source : MétéoFrance

25/11/2014
L'année 2014 se situera très probablement parmi les trois années les plus chaudes en France métropolitaine depuis le début du XXe siècle.
Les températures ont été remarquablement chaudes depuis le début d'année en France. Sur la période de janvier à octobre, sept mois sur dix ont connu des températures supérieures aux normales*, parfois très largement comme en janvier (+2,7 °C), février (+2,1 °C), avril (+1,9 °C) et octobre (+2,4 °C). Janvier 2014 figure d'ailleurs au premier rang des mois de janvier les plus chauds depuis le début du XXe siècle. D'ores et déjà, le mois de novembre s'annonce lui aussi remarquablement chaud.
Seuls, les mois de mai (-0,3 °C), juillet (-0,2 °C) et surtout août (-1,5 °C) ont connu des températures plus fraîches que la normale en 2014.
Indicateur quotidien de température moyenne - Zone climatique : France - du 1er janvier au 31 décembre 2014
Indicateur quotidien de température moyenne - Zone climatique : France - du 1er janvier au 24 novembre 2014

Janvier à octobre : une température moyenne jamais encore observée

Conséquence de ces conditions exceptionnelles, la température moyenne de la période janvier-octobre 2014 est la valeur la plus élevée jamais observée en France sur cette période depuis 1900, dépassant la normale de près de 1,1 °C. Elle devance, sur ces mêmes dix mois, les années 2003 (+1,0 °C) et 2011 (+0,8 °C).
Au regard de l'extrême douceur actuelle, le mois de novembre s'inscrira très certainement dans la lignée des mois précédents, avec une température moyenne mensuelle largement supérieure à la normale.

Vers une année record

Autre conséquence, l'année 2014 figurera très probablement dans le trio de tête des années les plus chaudes depuis le début du XXe siècle, avec 2011 (+1,1 °C) et 2003 (+1,0 °C). Il faudrait un mois de décembre 2014 extrêmement froid avec des températures plongeant 3 °C sous la normale pour qu'il en soit autrement. De telles conditions n'ont plus été observées en décembre depuis la fin des années 60, mais ont été approchées en 2010.
Les températures exceptionnelles relevées en 2014 s'inscrivent dans la tendance observée au cours des dernières décennies : les quinze années les plus chaudes observées à ce jour en France depuis le début du XXe siècle l'ont toutes été au cours des vingt-cinq dernières années.
Ecart à la moyenne annuelle de référence 1981 - 2010 de l'indicateur de température moyenne - Zone climatique : France - 1900 à 2013
Ecart à la moyenne annuelle de référence 1981 - 2010 de l'indicateur de température moyenne - Zone climatique : France - 1900 à 2013

Records de température annuelle en France
Rang
Année
Ecart à la moyenne de référence 1981-2010
1
2011
+1,1 °C
2
2003
+1,0 °C
3
1994
+0,8 °C
4
2006
+0,7 °C
5
2002
+0,6 °C


Une tendance globale

Le diagnostic établi en France rejoint celui établi par la NOAA à l'échelle planétaire. Selon l'organisme américain, la température moyenne globale de janvier à octobre 2014, terres et océans compris, est sans égale sur les dix premiers mois depuis la fin du XIXe siècle, dépassant le précédent record de 1998.
Compte tenu de la température globale des océans exceptionnellement chaude en cette fin d'année, 2014 pourrait devenir à l'échelle planétaire l'année la plus chaude de la période 1880 à nos jours** et supplanter ainsi 2010 et 2005.
L'Organisation Météorologique Mondiale publiera un bilan provisoire du climat mondial le 2 décembre 2014.

Records de température annuelle mondiale (terres et océans)
Rang
Année
Ecart à la moyenne de référence 1901-2000
1
2010
+0,65 °C
2
2005
+0,65 °C
3
1998
+0,63 °C
4
2003
+0,62 °C
5
2013
+0,61 °C
Source : NOAA

* Normale : moyenne de référence 1981-2010** Période 1880 à nos jours : période sur laquelle peuvent être établis les calculs

lundi 10 novembre 2014

Livre : L'avenir de la haine / Jean-Pierre Lebrun

Source : nouvellesdelhumanite.over-blog.com


1 Ce qui nous irait bien, c’est que la haine ne nous habite pas, qu’elle ne soit pas en nous, qu’elle ne nous ait pas construite. Qu’il arrive qu’elle nous concerne oui, éventuellement dans la mesure où nous pouvons en être l’objet ou la victime. Que nous devions reconnaître qu’elle existe, oui malheureusement, nous ne pouvons l’empêcher d’exister. Mais qu’elle soit ailleurs, chez l’autre, le tout proche ou le très lointain, peu importe, mais pas à l’intérieur de nos propres remparts, pas dans notre propre cité, pas logée dans notre propre corps !
 
2 Nous aurons pourtant beau faire, beau dire, elle est là, la haine, dans notre vie au quotidien, dans nos colères, dans notre violence, dans notre agressivité bien sûr, mais aussi dans nos ruses, dans nos dérangements aussi bien que dans nos arrangements, dans la façon dont parfois nous regardons, dans le ton de notre voix, dans notre vœu de maîtrise, dans notre voracité, dans la manière dont nous nous adressons à l’autre ou dont nous évitons de lui répondre, dans le comme si nous ne l’avions pas vu, dans le suspens où nous le tenons ou dans le sur-le-champ avec lequel nous lui donnons la réplique, dans le ridicule où nous le poussons, dans la boue où il nous arrive de le traîner, dans nos soi-disant gentillesses ou nos fausses amabilités… ou même dans nos silences ; enfin, à y regarder d’un peu plus près, il faut bien accepter ce constat : la haine m’habite, elle est dans ma vie, dès son début sans doute et avant même que je m’en souvienne ; mais alors se pose d’autant plus la question : qui est-elle ou, encore, d’où vient-elle ?
 
3 L’histoire du mot en français ou son étymologie nous éclairent peu, seulement sa parenté avec l’ennui : ennuyer vient de inodiare, formé sur la locution latine in odio esse, être dans la haine, manière donc, d’entendre que la haine se loge dans l’ennui, manière de prendre en compte jusqu’où elle peut se dissimuler, mais toujours rien de ce qu’elle est vraiment, ni d’où elle vient.
 
4 Avançons ce que nous y entendons, au risque d’imposer ici au lecteur un long détour. Nous lui demandons donc de consentir à nous suivre dans notre développement pour pouvoir répondre à nos questions. Ne pouvons-nous dire que de la haine nous prend chaque fois que nous sommes contraints de tenir compte de ce qui vient d’ailleurs ? Qu’elle survient dès que l’autre interfère, à tel point que nous pouvons toujours nous demander si nous ne pourrions pas nous débarrasser de notre haine en même temps que de l’altérité de l’autre. Mais il ne faut pas penser pour autant que c’est la présence effective de l’autre qui est à l’origine de notre haine puisqu’il nous arrive de ressentir de la haine hors sa présence ; c’est plutôt du fait d’avoir reconnu une place à cet autre, même virtuellement, sans que celle-ci se réalise effectivement. Tout se passe comme si quelque chose en nous avait gardé la trace de ce que l’autre a pu s’imposer à nous, nous contraindre, fût-ce une seule fois, en tout cas faire que nous devions compter avec lui. La haine, c’est donc aussi la trace de ce qu’autrui nous a atteint, au moins une fois.
 
5 Mais alors, qui est cet autre concret qui nous aurait atteint fût-ce une seule fois ? Bien sûr, on peut penser qu’il s’agit ici des premiers autres que nous avons rencontrés, autrement dit des parents, du père et de la mère que nous avons eu sans doute, mais à y réfléchir un tant soit peu, la question se pose de savoir s’ils ont été là comme des premiers autres qui se sont imposés à nous pour leur propre compte en quelque sorte, ou s’ils n’ont été là que comme des agents d’une altérité qui nous concerne tous, comme des représentants, des délégués, des témoins de la façon de faire sa place à de l’autre, et ainsi nous permettre de nous reconnaître de la même famille dans l’ensemble des espèces ; autrement dit, nos premiers autres n’ont-ils pas été là comme ceux qui nous ont initiés au langage, à cette aptitude qui nous spécifie comme êtres humains ?
 
6 Si nous souscrivons un tant soit peu à ce qui précède, nous devons aussitôt réaliser que la haine concerne d’abord le langage, que notre haine a une adresse au-delà des premiers autres en chair et en os qui se sont occupés de moi, même si c’est toujours par eux qu’elle transite, que la haine nous habite du fait que nous parlons, et pire encore, qu’elle nous habite ainsi, irréductiblement, aussi intimement inscrite dans ce que nous sommes, qu’il suffit que nous y regardions d’un peu plus près pour ne plus pouvoir nous contenter de nous en déclarer l’objet ou la victime, parce que nous l’avons logée en chacun de nous dans le mouvement-même de nous reconnaître capables de parole. Car parler, c’est aussi déposer l’autre en soi, l’y reconnaître, le révéler comme inscrit au cœur de notre être. Autrement dit, du fait que nous parlons, nous ne pouvons qu’avoir la haine ! Cette expression que les jeunes utilisent aujourd’hui souvent, « avoir la haine », dit bien qu’il ne s’agit pas tant d’avoir de la haine pour quelqu’un que d’avoir cette haine qui vous habite comme un parasite, comme un chancre.
 
7 Nous avons la haine du fait que nous parlons, car nous ne parlons jamais qu’avec des mots qui nous viennent des autres, nous sommes donc chacun, d’abord et avant tout, des intrusés, des contraints par la langue qui vient toujours de l’autre, des aliénés donc, des obligés des mots, des serfs du langage. Ainsi, pour le dire de manière abrupte, c’est parler qui induit la haine. Celle-ci est de ce fait autre chose que l’agressivité qui habite l’animal et dont nous savons pertinemment bien au travers de l’Histoire, qu’elle n’atteint pas ce que la haine est susceptible de produire chez les humains. La haine qui nous habite est donc d’abord haine de ce qu’implique la parole.
 
8 Mais qu’implique donc le fait de parler, qui susciterait, qui ainsi rendrait compte de notre haine ? C’est que parler suppose le vide. Parler suppose un recul, implique de ne plus être rivé aux choses, de pouvoir nous en distancer, de ne plus être seulement dans l’immédiat, dans l’urgence. Mais de ce fait, parler exige un dessaisissement, une désidération, parler contraint à un détour obligé, à la perte de l’immédiat. Parler nous fait perdre l’adéquation au monde, nous rend toujours inadaptés, inadéquats ; ainsi, nous pouvons nous réjouir de ce que le langage nous permet mais nous pouvons tout autant nous lamenter de ce que le langage nous a fait perdre. Cette perte a d’ailleurs inscrit en nous un fond de dépression permanente, d’insatisfaction irréductible. Bien sûr, à force de pratiquer le langage au quotidien, ce détour s’oublie. Qui donc, en parlant, pense que de ce fait, il est déjà toujours comme en exil, toujours déjà un peu ailleurs ?
 
9 C’est pourtant en cela que parler spécifie l’espèce humaine, le parlêtre disait Lacan. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici d’exclure les sourds-muets. La capacité de parole ne dépend pas de la seule intégrité des organes phonatoires, elle tient à la mise en œuvre de la faculté de langage – appelons-la comme cela mais, aujourd’hui, on dira plutôt de la compétence linguistique – c’est-à-dire de la capacité à user de ce système dans lequel nous avons tous la possibilité d’entrer, en principe, sauf avatar de notre neurophysiologie, et qui fait que nous relevons de la même famille, de la famille des êtres humains, des trumains comme les appelait encore Lacan.
 
10 Citer ici Lacan, c’est rendre à César ce qui lui appartient. Si c’est à Freud que nous devons la naissance de la psychanalyse, c’est à Lacan que nous devons la reconnaissance de ce que le langage n’est pas qu’un simple outil, mais qu’il est ce qui subvertit la biologie de l’humain et fait dépendre notre désir de la langue.
 
11 Il convient de continuer à nous en étonner : notre existence – notre condition humaine – est entièrement marquée des conséquences de cette prise dans le langage. C’est cette condition d’être parlant dont il s’agit de prendre la mesure, qu’il faut explorer, qu’il faut mettre au travail. Bien sûr, on ne s’en étonne plus comme on ne se souvient pas qu’en respirant c’est de l’oxygène que l’on introduit dans son organisme. On n’a même nul besoin de le savoir pour que cela fonctionne. Et c’est pourquoi nous l’oublions. Mais cela ne devrait pas nous empêcher de continuer de nous en étonner. Nous sommes les seuls animaux qui échangeons par des mots, qui organisons nos échanges au quotidien avec du bla-bla-bla. Nous sommes des éternels bavards, des incessants paroliers, des baragouineurs, des jaspineurs, qui graillonnent, qui crient, qui gueulent, qui murmurent, qui nasillent, qui radotent, qui profèrent… La liste est longue de ce à quoi nous autorise notre aptitude au langage et, comme le disait déjà Ésope, c’est pour le meilleur autant que pour le pire, et vice versa. Mais ce que cette capacité de parole permet, elle le paye aussi d’un prix et ce prix, c’est que nous habite le vide, le négatif, l’absence. C’est une condition pour la possibilité de la parole comme dans le jeu de taquin ou de pousse-pousse où il faut une case vide pour que les chiffres puissent coulisser et s’intervertir.
 
12 De ce fait, la condition humaine n’est pas seulement constituée par le positif que permet la parole mais aussi par le négatif autour duquel ce positif s’organise. C’est cet évidement qui apparaît comme le cœur du langage, cette absence creusée dans la présence, ce trou fait dans le réel, de la même façon que le geste du potier façonne sa poterie en tournant autour d’un vide central. C’est dans le même mouvement qu’il fait son vase et entoure un vide. C’est ici que la haine s’origine. La raison de ma haine, c’est ce vide qui m’habite, auquel je suis contraint de faire sa place du fait que je parle. Voilà pourquoi Freud mettait la haine – et non l’amour – au départ de l’humain. En tant qu’êtres parlants, nous avons, d’une manière ou d’une autre, dû payer un tribut au négatif. Nous avons inscrit en nous cette part de négativité. Cette contrainte au vide qu’implique le langage, cette entame qu’ainsi il véhicule, cette négativité à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, que peut-elle faire d’autre que susciter notre haine ?
 
13 Mais ne confondons pas pour autant l’adresse de cette haine. La méprise est en effet possible. La haine peut s’adresser à ceux qui transmettent les contraintes de la parole, à ces premiers autres qui nous ont entourés, eux-mêmes déjà marqués par cette négativité que nous venons d’évoquer, donc truffés d’une absence et cause de l’irréductible insatisfaction ; mais il ne faut pas oublier que l’adresse première, originelle, c’est toujours ce vide qu’implique la parole, et non pas ceux qui ont la charge de nous transmettre notre condition d’homme ou de femme.
 
14 Osons une comparaison pour faire entendre le poids de notre thèse, et disons que pour le psychanalyste, la loi du langage est à l’humain ce que, pour le physicien, la gravitation est à la masse. Pas une seule masse, aussi petite soit-elle, n’échappe à la gravitation. Pas une seule part d’humain n’échappe à être contrainte par la Loi du langage. Dès que j’ai la potentialité de parler, même si je ne parle pas encore, du seul fait de cette potentialité inscrite dans mon patrimoine génétique, j’ai à me confronter à un monde toujours déjà organisé par le langage, donc par la négativité. Car ce qui caractérise un tel monde, c’est que toute présence y est truffée de l’absence. De ce fait, le mot peut réjouir mais dans le même temps déçoit. Car le mot – tout comme le vase du potier – ne peut se défaire du vide dont il est habité.
 
15 Mais la potentialité de langage que nous avons tous dès la naissance, en principe tout au moins, ne garantit pas pour autant de pouvoir parler. Tout un travail semble en effet nécessaire pour que l’enfant, cet in-fans – du verbe latin fari, parler – ce non-parlant, s’approprie l’usage de la parole. Travail qui relève partiellement des premiers autres qui l’entourent, ses parents, sa famille, ses enseignants, en un mot de ceux qui se chargent de son éducation, et plus généralement encore de la génération qui le précède. Mais partiellement aussi de lui-même, puisqu’il devra consentir à prendre la parole, consentir à s’impliquer dans son apprentissage d’abord, à se l’approprier ensuite. Viendra donc le moment où il pourra et devra lui aussi soutenir sa parole, donc se soutenir de son propre chef, assumer la responsabilité de son dire ; c’est ce qu’on appelle la subjectivation, ou plus banalement devenir adulte et que l’on suppose réalisé lorsque le sujet atteint l’âge de la majorité légale.
 
16 Parler suppose en effet de pouvoir s’énoncer, d’être à même de s’engager dans sa parole, d’en assumer la responsabilité. Ceci n’est pas exigé à chaque fois que l’on parle. La plupart du temps lorsque nous parlons, nous circulons comme sur des autoroutes sans nous soucier à chaque moment de la destination. Mais il arrive que la chose nous est rappelée comme du dehors : par exemple, lorsque ce que nous avons dit a blessé, a compté, a été un mot de trop. Que nous l’ayons voulu ou pas n’y change rien. Nous étions dans nos mots sans le savoir ou sans vouloir le savoir. Parfois au contraire, nous retenons notre souffle pour parler, nous nous questionnons, nous doutons avant de dire, nous savons que nous ne sommes pas certains de ce que nous allons avancer, mais nous disons quand même. Parfois encore, nous disons un Oui, ou un Non, sans en connaître toutes les conséquences. Il n’empêche. Chacun de nous est contraint d’assumer l’inconnu, de soutenir ce qu’il faut alors appeler un acte, l’acte de dire. Cette fois-là, c’est comme franchir un seuil. Exemple souvent cité : César franchissant le Rubicon. Plein de gens franchissent, ont franchi et franchiront encore le Rubicon, ce petit ruisseau du nord de l’Italie, mais ce n’est pas pour autant un acte. Mais pour le consul, c’en était manifestement un, car en franchissant le Rubicon, il savait qu’il se mettait en guerre avec Rome sans pour autant connaître l’issue de cette guerre mais en assumant par avance toutes les conséquences de sa décision. C’est en cela que la traversée du Rubicon par Jules César reste, pour nous, le modèle d’un acte.
 
17 Ce moment de l’acte est le seul où nous pouvons percevoir et même éprouver combien le vide est inclus dans la parole, que c’est donc bien à partir de ce vide que nous parlons. Ceci ne va d’ailleurs pas sans angoisse. Une angoisse légitime en l’occurrence et tout ce que nous avons appris jusque là dans notre existence ne sert finalement qu’à nous aider à traverser ce moment d’angoisse, à soutenir cette confrontation au vide, à supporter l’absence de véritable point d’appui, à dire pour que ça compte, même si rien n’est sûr. C’est comme si chacune de nos histoires singulières nous avait amenés là, à pouvoir nous engager par une toute petite porte, toujours à ce moment-là trop étroite. Dans le meilleur des cas, notre passé nous vient en aide à ce moment-là, pour nous autoriser au possible d’une parole qui compte. Mais il arrive aussi que le passé nous en empêche, qu’il nous contraigne à ne rien pouvoir dire de neuf, à ne pouvoir que répéter, à nous interdire d’inventer. Les cas de figure sont nombreux où dire est presque impossible.
 
18 Néanmoins, le jour où « je » pose l’acte de parler, sans tout à fait savoir, mais en assumant autant ce que je sais que ce que je ne sais pas, ce jour-là, les justifications s’évanouissent, les raisons disparaissent. Ne reste alors que l’angoisse légitime d’avoir à parler et de soutenir l’acte de dire.
Mais pourquoi la haine ?
 
19 Mais alors pourquoi la haine ? Disons qu’elle survient à chaque fois que le subterfuge est démasqué, chaque fois que nous apparaît que c’est le vide qui habite le plein, le trou qui est au cœur du vase, chaque fois que se refait entendre à nos oreilles que ce que nous croyions consistant et solide, n’est en fait que fragile et précaire. Mieux même, la haine émerge chaque fois que nous ne reconnaissons pas que l’autre n’est qu’un autre autre comme nous, lui aussi truffé de partout, avec seulement un semblant de consistance et de solidité, et que cela ne nous empêche pas d’avoir à dire, mais que notre dire n’est jamais qu’une moitié de dire, qu’un mi-dire comme disait Lacan, qu’un dire qui accepte qu’il ne dit pas tout, ni tout à fait. Et que pourtant, c’est en disant ainsi, dans l’impossibilité de pouvoir tout dire, avec cette évidence-là chevillée au corps, que ce dire nous fait sujet, qu’il fait que nous sommes quelqu’un pour un autre et qu’à notre tour nous pouvons faire que cet autre soit quelqu’un pour nous. Mais à chaque fois que ces données-là s’estompent, que nous croyons avoir vaincu cette absence de certitude, que nous pensons avoir réussi à y substituer de l’assurance, ce qui est alors ainsi déjà programmé, qui resurgit comme le phénix de ses cendres, c’est ce vide ; de le voir ainsi réapparaître alors que nous avions pensé en être venu à bout, cela suscite notre haine.
 
20 À mettre ainsi la haine au cœur de la parole, il faut convenir que cela ne nous laisse aucune chance pour nous en débarrasser vraiment. À mettre ainsi l’autre au cœur de nous-mêmes, il faut convenir que cela ne nous donne aucune chance de nous trouver bien chacun avec son seul moi-même – son seul « moi-m’aime » faudrait-il peut-être écrire. À mettre ainsi le vide au centre du plein, il faut convenir que cela rend d’emblée suspecte toute consistance qui se donne comme sans faille.
 
21 C’est pourtant bien ce subterfuge qui fait que la force de la parole est extravagante : parler permet d’évoquer ce qui n’est pas là. Que ce soit l’éléphant d’Afrique, ou les pyramides du Caire, ou encore les chutes du Niagara. Cette aptitude à la langue est au fondement même de tout ce que les hommes ont pu réaliser. Inutile d’en faire ici le catalogue, une bibliothèque entière n’y suffirait pas. En revanche, comme nous l’avons déjà fait entendre, elle se paye aussi d’un prix fort, d’un prix nécessaire à l’humanisation. Nous l’appellerons volontiers la nécessité d’une perte, d’une soustraction, autrement dit un moins-de-jouir. Impossible en effet d’être dans la présence pleine, car du fait d’habiter la parole, c’est comme si notre rapport à la réalité restait affecté de cette distance à laquelle le langage nous a autorisés et condamnés dans le même mouvement. D’où d’ailleurs qu’aucun objet ne nous satisfait vraiment, qu’aucune chose ne peut saturer notre désir. Henri Michaux dans ses Poteaux d’angle évoquait ceci très bien : Seigneur Tigre, c’est un coup de trompette en tout son être quand il aperçoit sa proie […]. Qui, ose comparer ses secondes à celles-là ? Qui, en toute sa vie eut seulement dix secondes tigre ? [1] 
suite Contrairement à l’animal, lorsque nous nous précipitons sur l’objet, quel qu’il soit, nous emportons avec nous cette distance, ce recul, cette absence. Si le mot peut nous rendre la chose présente même en son absence, il ne peut que manquer la présence pleine de la chose, du fait de l’absence qu’il y introduit. À cet égard, impossible d’avoir le beurre et l’argent du beurre. À cet endroit précis, il faut choisir. Perdre ou pas, mais si nous refusons de perdre, c’est rien, c’est « pas de parole possible ». C’est donc, de plus, un choix forcé : la parole ou rien !
 
22 Pourquoi nous étendre sur tout cela pour parler de la haine ? D’abord parce qu’il est peut-être utile de savoir pourquoi elle nous habite, pourquoi elle peut surgir en nous à chaque instant, pourquoi elle nous suit comme notre ombre ; ceci nous dispensera de vouloir en faire l’économie, de travailler à l’éradiquer, de penser pouvoir nous en débarrasser. Ensuite et surtout, parce qu’il faut identifier ses destins possibles, ce qu’on peut espérer pour son avenir, peut-être même repérer qu’il y a de bonnes et de moins bonnes manières de faire avec elle et que, pour ce faire, il n’est pas inutile de prendre la mesure de comment depuis des siècles, on s’est débrouillé avec elle, ce qui, d’ailleurs, nous permettra de nous demander si c’est toujours avec le même soin qu’on la prend en charge aujourd’hui pour la faire mûrir, pour la rendre comestible et même digeste, autrement dit, la moins toxique possible. Enfin, parce que lorsqu’on s’occupe de maltraitance, cela pourrait être utile de connaître les différents visages qu’elle peut prendre, les diverses évolutions qu’elle peut rencontrer, et de savoir si tout cela pèse du même poids dans le risque que la haine fait courir à ceux qui feront la génération de demain.
 
23 Sommairement d’abord, nous dirons que cette perte, cet « il n’y a pas », ce vide de l’origine, cet impossible de l’adéquation du mot à la chose que véhicule le langage, c’est comme la contrainte que chaque sujet humain doit intérioriser pour s’humaniser. Voyons un enfant, imaginons-le laissé entièrement à lui-même : sa parole n’émergera pas et sa durée de vie sera même très limitée. C’est d’ailleurs l’histoire des enfants-loups. Ou celle du sauvage d’Itard. Ou encore celle de l’expérience de Frédéric II qui voulait savoir quelle était la langue parlée à l’origine et qui, pour ce faire, confia à des nourrices une quarantaine de nouveau-nés avec la consigne de ne jamais leur parler. Ainsi elles auraient pu observer quelle langue émergerait spontanément : le latin, le français, l’allemand. Aucun de ces enfants n’atteignit l’âge de 8 ans et l’empereur n’eût pas de réponse à sa question. Sans appel à la vie par la parole de l’autre, c’est le bout du chemin qui est très – trop – vite rencontré. Encore faut-il consentir à prendre cela en compte ?
 
24 Pour preuve aussi, ce qu’avait mis en évidence le linguiste Jakobson [2] 
suite : dans toutes les langues du monde, en langage-bébé, papa se dit avec des labiales, et maman se dit avec des formes en m-m, émission phonique seule compatible avec la succion. Autrement dit, dire maman peut se dire la bouche pleine, mais pour dire papa, il faut ouvrir la bouche, autrement dit, il faut du vide. Condition qui, sans être suffisante, est toujours nécessaire pour que la différenciation signifiante soit possible puisqu’elle est le préalable toujours à maintenir pour que parler advienne.
La haine est toujours haine de l’Autre en soi
 
25 Remarquons que ce langage qui nous spécifie, dont nous tirons à juste titre notre superbe, nous vient des autres qui nous précèdent, de ceux de la génération d’avant. Dès lors, nul parlêtre ne peut s’en prétendre propriétaire. Ses propres mots lui viennent, disons le en un mot, de l’Autre. Ce qu’il pense être son autonomie n’en est donc que très relative. Il conviendrait plutôt de parler d’aut(r)onomie et mettre ainsi fin à toute idée d’autofondation. L’humain est un aut(r)onome, un autonome à partir des autres, à partir de l’Autre. L’homme ne peut se penser seulement autoréféré, ni revendiquer être sa propre origine, car celle-ci lui échappe. Mieux encore, c’est parce qu’elle lui échappe qu’il peut s’en prévaloir, se donner un ombilic, qu’il peut, par exemple, s’inventer ses mythes.
 
26 Le paradoxe n’en est que plus sidérant : aussi singuliers, aussi courageux puissions-nous être, cela ne change rien au fait que nous sommes d’abord fabriqués dans la matériau de l’Autre. Et la chance pour chacun de soutenir son être singulier passe par l’assomption de ce « d’abord fabriqué dans le matériau de l’Autre », de ce qu’il doit reconnaître comme sa dette à l’Autre, ensuite comme un détachement d’avec cet Autre, une séparation nécessaire – qui suppose une coupure, l’ouverture d’un vide – à partir de laquelle seulement il peut inventer son propre trajet.
 
27 Cette séparation d’avec tout ce qui lui vient de l’Autre, n’est donc que sa manière à lui de s’approprier le vide qui habite la parole, de consentir à la Loi des trumains. C’est pour cela qu’il est exigé de chaque trumain qu’il quitte les premiers siens, qu’il « abandonne » ses père et mère, comme il est dit dans la Genèse ; c’est aussi la raison de l’interdit de l’inceste : un dit doit s’interposer entre la mère et l’enfant, qui doit les séparer, tant l’enfant, de la mère que la mère, de l’enfant. C’est pour cela que l’enfant – le futur sujet – devrait pouvoir compter sur l’appui d’un autre que le premier Autre, sur un père, sur un autre que la mère, pour l’autoriser à se décoller, à prendre son envol et qu’ainsi il puisse se distancer de qui est dit de lui.
 
28 Deux choses essentielles viennent en effet l’aider à se séparer : bien sûr, cet autre que la mère, comme nous venons de le dire, mais d’abord le fait que la mère, le premier Autre de l’enfant est dans l’impossibilité de dire qui il est vraiment. Elle va parler de lui, lui laisser croire qu’elle sait qui il est, c’est indispensable, car dans ce mouvement, elle fournit le matériau de l’Autre, elle dit les mots où il va avoir à se dire ; mais en lui disant ce qu’il est, elle le suppose capable de dire un jour à son tour ; les mots qu’elle lui fournit, disant qui il est, sont donc déjà truffés de l’absence de pouvoir dire qui il est, encore moins qui il sera. Autrement dit, elle le parle, mais en le parlant, elle lui fait aussi don de ce vide sur lequel il pourra – et devra – prendre appui pour dire à son tour. Car cette scène de l’Autre d’où vont être fournis au sujet les mots qui vont le dire ne contient pas le seul mot qui l’aurait vraiment intéressé, le mot qui aurait dit qui il était. Pour son identité, il ne lui sera donné qu’un nom et un prénom, mais il ne s’agit que d’une coquille vide. Le patronyme, s’il indique la place dans la généalogie, ne livre aucun contenu, aucun programme ; tout au plus des contraintes de cadre. Le prénom, juste une référence à un autre qui existe déjà et de quoi ne pas le confondre avec ses frères et sœurs. Donc, l’Autre, à l’endroit précis qui pourrait dire qui est le sujet comme tel, ne le définit pas, ne lui dit rien, lui transmet seulement un vide, une place, un lieu d’où il pourra, quand son tour sera venu, soutenir son existence.
 
29 Mais du fait de ces mots qui le tapissent à l’intérieur, qui l’habitent déjà troués, déjà truffés par le vide, c’est le passager clandestin des mots qui est introduit. Au cœur du sujet, en son lieu le plus intime se trouvent donc les mots de l’Autre, qui sont d’abord pour lui des étrangers, des venant d’ailleurs, mais au cœur de ce cœur, au milieu de l’Autre, un trou, un manque sur lequel paradoxalement le sujet devra prendre appui pour décliner sa propre singularité.
 
30 Voilà pourquoi la haine se niche au cœur de l’être de chacun. Non seulement elle naît du fait de la parole, non seulement elle s’adresse au vide qui habite la parole, mais le lieu de cette adresse est situé à l’intérieur de l’être propre, pas chez l’autre d’abord ; mais du fait que je suis fait dans la matériau de l’Autre, elle est adressée à l’Autre que je contiens en moi-même, à l’Autre que d’abord je suis.
 
31 Mais alors, si la haine est aussi originelle que nous le prétendons ici, quel trajet doit-elle suivre chez chaque individu pour ne pas la laisser purement et simplement se satisfaire ? Pourquoi ne pas nous contenter de la laisser s’assouvir puisqu’elle est « réaction normale » à notre condition humaine ? C’est que ce n’est pas la haine qui est en soi à discréditer, puisqu’elle est aussi la vie (il suffit de penser à ce qu’elle est bien acceptée en cas de légitime défense, par exemple). Être capable de haine, c’est aussi assumer d’avoir à se défendre si l’on est effectivement menacé, avoir l’obligation de se préserver, d’assurer sa viabilité. Mais surtout, il nous faut ici introduire la différence entre la haine et ce que nous appellerons la jouissance de la haine, autrement dit, la satisfaction que l’on peut tirer du fait de s’y autoriser, de lui laisser libre cours, et donc de jouir de haïr celui ou celle qui a la charge de me transmettre ce trait de ma condition, plutôt que d’assumer que ma haine s’adresse au vide. C’est le non discernement entre ces deux lieux d’adresse qui engendre aussi bien le meurtre que la violence. Ce n’est donc pas la haine comme telle qui doit être interdite, puisque de toutes façons, il est impossible de l’éradiquer, mais ce à quoi il faut renoncer, c’est à jouir de sa haine. C’est se maintenir dans la jouissance de la haine qui est interdit.
 
32 Combien de fois, par exemple, ne sommes-nous pas en colère contre quelqu’un, contre un fonctionnement, contre une attitude ; mais quel est l’effet de le dire à la personne concernée ? Non pas de le dire à quelqu’un d’autre que la personne concernée, mais d’avoir le courage de le dire vraiment, sans faire appel à la violence pour assurer ce dont en fait, on n’est jamais sûr qu’à moitié, sans masquer le différent qui nous oppose. Si vraiment la chose est dite au bon endroit, ce qu’il faut constater, c’est qu’elle ne laisse pas la colère indemne, elle l’entame, elle la déplace, elle la fait devenir autre, du seul fait d’avoir été dite, sans même qu’il y ait eu réponse en retour, sans même que l’autre en ait pris acte.
 
33 Mais voyons ceci encore plus avant. Si, comme nous le soutenons, notre aptitude au langage engendre notre haine, car elle suppose, exige même le renoncement à l’immédiat, à l’adéquation, il va de soi que cette aptitude est d’abord véhiculée par les premiers qui entourent l’enfant. Tout est donc fait, pourrait-on dire, pour que la confusion soit entretenue entre ce qu’il faut payer au langage – charge que doivent transmettre les premiers autres qui veillent au développement du futur sujet – et les contraintes qu’exercent les parents. Entre la soumission aux contraintes du langage et la soumission aux contraintes parentales. Ajoutons d’ailleurs que c’est précisément le travail de l’éducation que d’arriver à maintenir à cet endroit un discernement. Il ne s’agit pas en effet de se contenter d’exiger l’observance de rituels ou l’ajustement des comportements, ni d’obtenir l’obéissance, il faut faire entendre que ceux-ci ne sont qu’au service d’une capacité de distance que le futur sujet doit arriver à faire sienne. Pour que ce discernement puisse s’opérer, il convient que ceux qui éduquent ne s’identifient pas trop à la loi qu’ils servent, ni non plus qu’ils refusent de s’y identifier sous peine alors de ne pas lui donner chair vivante. Dans ces deux cas, ils empêchent qu’émerge la distinction nécessaire.
 
34 Ainsi, lorsqu’un parent jouit trop de mettre la limite à un enfant, en lui rendant présente cette incontournable entame, il substitue à la tâche de transmettre la loi commune à tous, la satisfaction d’imposer sa seule loi propre et provoque, de ce fait, le refus de l’enfant, plongé quant à lui dans la confusion de ne pouvoir discerner la soumission à la loi de la soumission à celui qui l’impose. Les exemples ne manquent pas où l’enfant perçoit, sait que l’adulte, face à lui, s’est abusivement approprié la loi du langage pour se satisfaire lui, par exemple, de sa propre maîtrise, ou de la jouissance d’être obéi. Cette question mérite d’être posée à chaque tournant de ce qu’on appelle l’éducation. De plus, elle mérite d’être posée en amont : pourquoi ce père ou cette mère cèdent-ils sur leur tâche qui est de transmettre la loi des trumains, au profit de jouir de leur propre pouvoir ? Probablement parce qu’en eux-mêmes, le travail de discernement qui s’impose n’a pas été suffisamment accompli. On pourrait penser que ceci suffit à les dédouaner de leur méprise mais il n’en est rien, car ce qui caractérise les humains, c’est que si le travail n’a pas été fait à la génération qui nous précède, il n’y a d’autre issue que d’avoir à le faire soi-même sans pourtant y avoir été initié. Rien de moins que cela !
 
35 Dans l’autre cas de figure, lorsque les parents refusent de s’identifier à la loi des trumains, ne consentent pas à prêter leur corps à ce que se transmettent les renoncements nécessaires, ne veulent pas engager leur subjectivité dans le fait de tenir cette place pour leurs enfants, il s’en suit que ces derniers ne sont alors aucunement aidés dans le travail de renoncement à la toute-puissance infantile, à l’exigence du tout-tout de suite. Ils ne rencontrent pas d’autres de la génération du dessus qui les aident à abandonner cette position et à intérioriser ces renoncements pourtant incontournables ; ils sont alors livrés à eux-mêmes pour ce qui est de leur tâche d’avoir à intégrer cette donne. En un mot comme en cent, ils sont alors laissés comme sans mode d’emploi. Ici aussi, bien sûr, la question se pose de savoir ce qui aurait motivé ces parents à renoncer à leur tâche, à démissionner de leur travail d’éducation. Et ce sera la même réponse que dans le premier cas, même si les symptômes se présentent tout à fait autrement. Eux-mêmes n’ont pas fait le travail qui s’impose et lorsque vient le moment où ils ont à le transmettre à d’autres, ils butent sur l’incapacité dans laquelle ils ont été laissés d’intégrer leurs propres renoncements.
 
36 Mais dans un cas comme dans l’autre, remarquons que le travail de discernement n’est pas fait, et que c’est, dès lors, la confusion qui est au programme. Ce qui, en l’occurrence, signifie que de tels enfants ne seront pas en mesure de distinguer intériorisation de la loi et soumission à ses représentants abusifs ou démissionnaires, trop dans la présence ou trop dans l’absence. Nous ne serons en effet capables d’accepter que la haine nous habite et qu’elle ne s’adresse pas d’abord à celui ou celle qui nous impose la condition humaine que dans la mesure où l’autre n’est pas abusif. Mais paradoxalement, le démissionnaire obtiendra le même effet, car, faute de médiateur pour donner chair vivante à la loi, nous aurons spontanément tendance à trouver celle-ci insupportable et traumatique plutôt qu’à accepter la nécessité de nous y soumettre.
 
37 Autrement dit, la haine de l’enfant a besoin de rencontrer chez un autre de la génération qui le précède une façon de nouer le désir et la loi, le témoignage de quelqu’un qui a déjà fait pour lui-même le travail ; il ne peut tolérer de ne se trouver qu’en écho avec la jouissance de la haine d’un autre.
 
38 Résumons : de tout cela, je peux entendre pourquoi ma haine est inextinguible, qu’il n’y a aucune raison de penser que je puisse m’en débarrasser, la faire disparaître, puisqu’elle est un processus inhérent à la condition humaine ; mais ce qui, en revanche, doit bel et bien s’éponger, voire s’assécher, c’est la jouissance de la haine. La jouissance de la haine, c’est précisément le fait de laisser la haine s’accomplir, se réaliser, comme si on oubliait qu’elle n’est que notre réponse à ce que nous ne mettons plus la main sur ce que la langue nous a déjà dérobé. Or, tout l’enjeu de l’éducation est bien de faire renoncer à son accomplissement, d’en montrer l’irréductible leurre, et de contraindre à la faire devenir autre chose, à utiliser sa force autrement qu’en la réalisant. C’est ce que Freud appelait le travail de la culture, et que Nathalie Zaltzmann définit comme le processus inconscient, moteur de l’évolution humaine qui a pour tâche de faire vivre les humains ensemble en les contraignant à transformer individuellement et collectivement leurs tendances meurtrières aussi loin que faire se peut. [3]

 
 
 
  [1] H. Michaux, Poteaux d’angle, Paris, Gallimard 1981, p. 58.

  [2] R. Jakobson, Pourquoi « papa » et « maman » ? dans Langage enfantin et aphasie, Paris, Éditions   de Minuit, 1969.

  [3] N. Zaltzman, « Le garant transcendant » dans Eugène Enriquez, Le goût de l’altérité, Desclée de Brouwer, 1999,       p.245.